EPISODE 5
Tous les Moyens sont Bon
Auteur : Mashtark (Pierre Marcellesi)
Email : Mashtark@hotmail.com
Disclaimer : Le personnage de Methos appartient à Widen/Rysher/Panzer/Davis et le personnage de Franco Begbie appartient à Irvine Welsh.
Résumé : Begbie a besoin d’argent pour payer son bar, alors que Methos retrouve le responsable du meurtre de l’un de ses anciens amis....
Attention ! Le langage de Begbie, certaines de ces actions et même le style d’écriture peuvent heurter la sensibilité des plus jeunes.
Avertissement : chaque chapitre de l’épisode est raconté par l’un des principaux protagonistes de l’histoire.
Avec :
Francis « Franco » Begbie : Robert Carlyle
Murdoc : Tcheky Karyo
Chapitre 1 (narrateur : Begbie)
Y’en avait marre de mon boulot à la con de bibliothécaire à la con. Je passais mes journées à trier du PQ tamponné et signé par le dirlo. Il était temps que je me paye mon bar. Murdoc était content, ce serait pour lui le moyen de siffler des pintes gratis. Des clous, y’a pas d’amitié qui tienne. Il paiera avec certes des réductions mais il paiera ! Methos il en avait rien à foutre. Quand je lui avais parlé de trouver du fric pour le bar il m’avait regardé en planant comme un chat qu’on écrase. Ouais en fait il s’en foutait pas tant que ça. Il disait jamais non à une petite bière ce connard.
Bref je suis allé voir du côté d’une rame de métro. Je sais plus laquelle, y’en a tellement à Paris… J’avais des fringues de clodos et un putain de tissu noir à un œil, j’y voyais que dalle. Je suis pas allé dans le métro, y’a trop de monde qui vous regarde avec des yeux de chiens battus. Putain je déteste ça… Non je suis allé dehors, à la sortie. Y’avait pleins de mendiants avec le cul par terre et le bras tendu pour détrousser les types qui veulent se donner bonne conscience. Putain je déteste ça… En temps normal je me serais pas assis à côté de ces glandus à faire le soumis pour deux-trois pièces. J’avais trop d’amour propre pour me rabaisser à ces fonds de chiottes.
Mais on n’était pas en temps normal, il me fallait du fric et vite. Il me fallait ce putain de bar. Alors je me suis foutu à terre à côté des autres. Ca sentait la pisse.
Je tenais une pancarte en carton marron avec marqué dessus « Je suis écossé. Vétéran des Malouines j’ai doné mon œil à mon pays. Une tite piécette SVP». Et là j’ai vu l’autre connard de Methos qui se ramenait.
- Francis ? Qu’est-ce que tu fais là ?
Je suis le roi des cons que j’me suis dis. J’aurais dû me douter qu’il allait se pointer, il passe dans le coin tous les samedis matins pour donner l’aumône.
- Faut que je fasse du fric ! Si t’as d’autres méthodes, dis moi, je suis partant.
- Mais t’as rien à faire ici ! T’as un emploi maintenant !
- Putain tu déconnes ! Je passe mes journées à torcher le cul de mon patron !
- Bah oui, normal quoi.
Il était amusé ce con, sûr qu’il se foutait de ma gueule. Fallait que je le tape mais y’avait des gens. La baston en public c’est pas bon aux yeux des vieilles qui donnent du fric. Et puis j’avais honte, c’est vrai que j’avais rien à foutre ici.
- Et toi qu’est-ce tu fous là ?
- Je viens soulager ma conscience.
Il s’est mit à sortir son porte-monnaie et il a prit un billet. CASH ! Il l’a filé au connard à côté de moi à qui il manquait les guiboles. Limite si Methos se marrait.
Il le faisait exprès pour se foutre de moi, pour m’humilier ! Il voulait diminuer mes efforts ! Vicieux le salopard, hein ?
Moi il m’a rien donné. Et puis il s’est barré. Obligé je le claquerais le soir même. J’étais bien content quand même. Parce que grâce à un copain qui est médecin je pouvais mentir et faire croire que j’avais un œil en moins. Et comme j’ai un autre copain qui bosse dans l’armée je faisais croire à la sécu que j’avais perdu mon œil à la guerre. Du coup je touchais du fric à la fin de chaque mois. ‘fin bref j’ai repris le sourire quand un vieux gars s’est approché de moi avec son regard compatissant de bon catholique qui méprise les lépreux. Il m’a mit un billet dans le chapeau
- Dieu vous bénisse, monsieur !
- Pas de quoi, c’est le minimum mon garçon ! Quel malheur à votre age !
- Je ne regrette rien, je ne me permettrai pas d’être amer. C’est ma philosophie, quoi qu’il arrive. J’aime mon pays et je le referais s’il le fallait !
- Vous êtes un brave, vous vous êtes battu pour une bonne cause.
Mon cul que je me suis battu….
- Heureusement que certains n’ont pas oublié les pauvres gars comme moi. Mais je fais parti des veinards, je suis revenu. C’est que j’ai perdu des bons potes à Goose Green.
J’avais envie de mettre le fric sous les yeux de Methos et de lui dire à quel point je l’emmerdais ! Merde à Methos. Je contemplais mon billet et en relevant ma tête je voyais le type s’éloigner.
- ‘foiré va…que je marmonnais entre les dents.
L’autre amputé à côté de moi me scrutait. Il voulait mon blé ce fafiot. Il était jaloux ! Comme si Methos lui avait rien donné ! Il avait la tête des types à qui on file une orange à Noël et qui se mettent à chialer de joie juste après. J’ai levé mon bras comme pour lui dire de regarder ailleurs ! A ce moment là y’a une bonne femme qui est venue me parler. Elle avait déjà le fric dans les mains. Je pouvais entendre les pièces frotter les unes aux autres.
- Etais tu de la Royale, fils ? Mon Brian en était.
- J’étais dans l’infanterie marine m’dame !
- Mon fils en est jamais revenu. Vingt et un ans qu’il avait, un bon garçon et tout.
Elle avait la voix qui dérapait, elle était au bord des larmes.
- Il a marché sur une mine et ohhh…excusez moi.
A ce moment là j’ai zieuté l’autre vaurien à côté de moi qui avait plus de jambe. Putain de gars…Elle a eu un sanglot et a reculé sous l’émotion en titubant. Et puis les larmes ont coulées. Ca y’est j’me dis ! Je vais devoir la border !
- Tenez, prenez ceci, j’y tiens. Dieu bénisse les écossais de la Royale.
- Merci madame.
En repartant je la voyais pleurer et les gens autour d’elle la regardait. On aurait dit les connards habituels qui sortent de leurs voitures quand y’a un accident pour aller mater les morts. J’ai viré mon putain de tissu qui me cachait la vue.
J’avais déjà récolté 150 francs ! J’étais tout gai. 150 francs pour mon bar ! Dieu bénisse la Royale et Dieu bénisse la sécu !
Chapitre 2 (narrateur : Methos)
J’étais allé voir Murdoc à Honfleur. Et puis comme je n’avais rien de particulier à faire, je l’ai aidé à classer sa pêche du matin dans des corbeilles. Pendant qu’on s’épuisait, Francis était assis sur un tonneau et nous regardait en buvant sa bière. Il avait l’impression de nous dominer. Allez savoir pourquoi, ce moment là m’a fait penser aux hébreux qui se faisaient fouetter sous les yeux de Ramsès.
- Je suppose que ce serait trop te demander de te joindre à nous ?
- Tu supposes bien !
Il était assez pitoyable sur son tonneau ! Non mais franchement vous avez beaucoup d’amis qui se permettent de faire ça ?! Je voyais Murdoc qui peinait à ranger tout l’attirail.
- Laric, tu crois pas que tu devrais te payer un nouveau bateau ? La pêche doit être difficile avec celui-là.
- Je sais, j’y ai pensé moi aussi mais j’ai pas encore les moyens.
J’ai levé les yeux des corbeilles à poissons, je me suis tourné vers Murdoc et je lui ai conté les exploits de Franco.
- Tu connais pas la dernière ? Ce gars fait la manche à la sortie des métros !
Laric a hoché la tête pour aller dans mon sens. Il était plutôt exaspéré. En fait je crois qu’il s’en fichait pas mal. Faut dire qu’il avait autre chose à penser. Il avait pêché toute la matinée et était plutôt fatigué. Alors les conneries habituelles de Francis devaient être à des années lumières de ses pensées.
- Ca te gêne connard ? Moi j’te dis que ça rapporte plus qu’il n’en faut ! A cette allure le bar je l’aurai dans deux mois !
J’avais pas trop envie d’être seul à lui tenir tête. A deux c’est sans danger ! Mais seul contre Francis, il finit toujours par péter les plombs ! Moi je dis que sans ses couteaux et ses armes je parierais pas gros sur Francis. Murdoc est du même avis que moi mais on n’a pas envie de prendre le risque.
J’étais plutôt content, notre loup de mer s’est enfin décidé à participer à la conversation !
- Mais pourquoi tu tiens tant à avoir ce bar ? Il te plaît pas le travail qu’on t’a trouvé ?!
Je confirme, dans le genre ingrat on faisait pas mieux que Francis !
- Encore un boulot de merde ! Ils me font classer des milliers de conneries ! Tiens l’autre jour j’en avais plein le cul de classer les BD pour mioches ! Alors qu’est-ce que j’ai fais ?! J’ai acheté du speed à un branleur du 5ème et j’en ai foutu plein les coussins du parc à mioches !
- …
Laric est devenu soudain très attentif, il attendait l’autre au tournant. Il devait déjà penser à tout ce qu’il allait lui débiter. Il lui aurait sauté à la gorge s’il était un lion.
- l’après midi on s’est retrouvés avec une dizaine de chiards qui criaient et qui remuaient le cul sur Chantal Goya. héhéhéhéhéé !
- T’es vraiment qu’un abruti ! Tu aurais pu en tuer un !
Sacré Murdoc, fallait qu’il remette Francis à sa place. Mais j’ai opté pour la position de l’arbitre qui se contente de compter les points. Normal, c’est moins risqué et plus confortable.
- Pas de quoi s’énerver. Qui n’a jamais voulu assister à la première Rave-Party des moins de 9 ans ?...
- Parfaitement ! En tout cas moi j’étais mort de rire !
Aussi curieux que ça puisse paraître, Murdoc n’a pas cherché à aller plus loin, on sait tous comment ça aurait fini. Au lieu de ça, il m’a regardé très froidement, on aurait dit que je l’avais trahi. Remarque, c’est un peu vrai dans un sens. Begbie constatant cela, a fendu un sourire pervers sur sa poire. On a rangé quelques corbeilles à poissons, deux ou trois peut-être bien. Et puis à un moment, pendant qu’on se mettait à la suivante il s’est mis à balancer un coup de pied dedans. Tout à dégringolé. Les poissons sont retournés à l’eau. Il a fait aucune remarque là-dessus, il ne s’est pas excusé et a commencé à nous sortir une histoire.
- Putain je vous ai pas dis ! J’ai rencontré une fille, une collègue quoi ! Superbe et tout et elle a du tempérament la bougresse ! Peut-être bien que je vais me la faire !
J’ai cru que Murdoc n’avait pas écouté. Il regardait attentivement sa corbeille parterre avec le peu de poissons qu’il restait, dispersés dans tous les sens. A croire qu’on venait de lui dire ses quatre vérités. Un petit mélange d’énervement et d’indignation. Et puis il s’est tourné vers l’autre.
- Oui surtout si tu fais pareil avec ses poissons…
- Quoi ?
J’ai cru qu’il était de bon ton de rentrer dans la conversation.
- Quand elle te demandera ce qu’il te plaît en elle j’espère que tu lui répondras pas la description que tu viens de nous donner ?
- Je suis pas con, je sais très bien comment les dresser les minettes.
- Oui comme June ?
Il y’a certaines explications à vous fournir je crois. June c’était une toxico de 30 ans, une mortelle. Elle et Begbie ont vécu ensemble pendant à peu près 5 ans. Leur relation était basée sur le sexe et ils n’avaient aucun engagement l’un envers l’autre, il n’avaient pas à en avoir. Toujours est-il qu’ils se disputaient tout le temps. Les insultes fusaient de chaque côté mais les coups c’est Francis qui finissait par les donner. Elle a profité de son arrestation pour le quitter définitivement. Nous aussi parfois on aurait bien aimé lui dire adieu et déguerpir mais bon c’était un ami, on s’habitue mieux aux pires choses qu’aux meilleures.
Et puis sans compter ses sales coups on l’adorait notre Franco.
Le seul fait de prononcer le nom de June a déclenché quelque chose dans la tête de Begbie, une sorte de déclic.
J’aurais dû la fermer.
J’ai compris mon erreur quand il a regardé vers moi. Un regard plein de réflexion. Il hésitait. Il se demandait s’il allait la critiquer en la traitant de tous les noms ou s’il allait me tabasser. Tout dépendrait de mon attitude. J’ai hésité moi aussi, une chance sur deux, et puis je lui ai envoyé un sourire plein de crainte. Un sourire forcé de gamin de 5 ans qui se fait dessus.
Il m’a craché la fumée de sa cigarette au visage et a foncé sur moi. En deux temps trois mouvements j’étais à terre et il me tapait là où ça faisait mal…pas partout quand même. J’aurais parié que ce type avait appris l’anatomie par cœur pour pouvoir mieux tester sa résistance. J’avais pas envie de lui demander, il aurait insisté pour me faire une démonstration sur tous les organes. Et puis faut dire que là j’avais déjà mon compte.
Chapitre 3 (narrateur : Methos)
Avec Murdoc on avait repéré un match de foot, France/Angleterre. Lui et Francis sont fans de ce genre de sport. Moi ça m’ennuie un peu. A vrai dire j’aime bien y aller pour la pause sandwich de la mi-temps.
On avait payé les places un matin, Murdoc rentrait chez lui, il avait réussit à se payer un petit appart à Paris en plus de sa superbe maison d’Honfleur. Avec quel argent ? Mystère et boule de gomme… En tout cas pas avec son salaire de pêcheur. M’enfin Laric a toujours été un gars honnête, pas comme moi et l’autre.
J’avais parié à une course de chevaux quelques jours plus tôt. J’avais gagné de quoi combler le trou laissé par les billets de foot. J’allais chercher l’argent au bistrot le plus cradingue de Paris et je passais par les quais. Il y’avait un immortel qui vivait là, sur une péniche, un copain de Darius. Je crois même que Murdoc le connaît aussi.
Enfin bref, j’avais dépassé les quais depuis un moment et là j’ai eu un mal de crâne, je me suis arrêté et j’ai senti quelqu’un. J’ai tourné les yeux vers le trottoir d’en face et un type me regardait attentivement. Il me fallu un instant pour réaliser qui c’était. J’avais en face de moi un type que j’avais recherché pendant 2 ans dans les années 1920, un égyptien. J’ai regardé brièvement sur les côtés et j’ai traversé la rue. J’étais assez étonné, il n’avait pas fuit. Il y’avait de quoi pourtant.
A ma grande surprise, il s’est approché de moi avec le sourire confiant d’un type sûr de soi. Il m’a tendu la main, moi je voulais lui tendre mon poing dans la figure. J’ai joué le jeu. Je lui ai serré sa main. J’ai eu la chance qu’il se mette à parler en premier parce que j’aurais tout foutu en l’air sinon, et les choses ne se seraient pas passé dans le calme qu’il y’a eu par la suite. Vous ne comprenez pas, hein ? Plus l’ennemi est proche de soi plus il est aisé de le tuer. J’ai compris que je pourrais le vérifier quand il m’a demandé qui j’étais. Salopard….
- Je m’appelle Francis Begbie que je lui dis.
Désolé pour Franco mais j’ai pas eu assez d’imagination sur le coup. Et puis si je lui avais débité l’éternel pseudo Adam Pierson il se serait sûrement rappelé de moi. Du coup tout aurait capoté.
- Khalid Benzedjah.
J’ai préféré lui laisser l’espoir que je lui ferais rien.
De fil en aiguille il m’a expliqué il ne s’intéressait que peu aux combats et qu’il préférait faire des immortels ses amis plutôt que ses ennemis. J’ignore encore comment j’ai pu continué mon petit numéro de colabo et l’inviter à me suivre au bistrot.
J’ai empoché le pognon des paris et je nous ai payé un verre chacun avec ce que je pouvais. Il avait beau faire le sympathique avec moi, je ne me suis pas fais embobiné par ses belles paroles et ses sourires. On a parlé de nos train-train, le boulot, les amis et même l’alcool, sujet que je réserve d’habitude à mes proches.
Le fait qu’il me vante les mérites de sa Kronenbourg à 2,6 % m’a laissé perplexe. J’étais un peu vexé sur le moment. Je l’observais avec crainte comme on observe un mauvais immortel qu’on n’a pas vu depuis 72 ans, j’ignorais comment je devais prendre son affront. L’humour c’est bon pour ceux qui ne savent pas de quoi ils parlent mais le gus ne plaisantait pas.
Mais bon sang, la Kronenbourg à 2,6 %…Y’a rien de plus immonde que cette fausse bière. J’ai toujours cru qu’aucun immortel ne pouvait se laisser avoir par ces « mister-coktails » et autres « champomy ».
Je l’ai longuement regardé comme un moine de l‘inquisition me l’avait autrefois fait. Cet inculte voulait rentrer dans ma vie en défonçant la porte d’entrée. Risqué comme stratégie, non ? J’ai voulu partir mais obligé il fallait qu’il me prenne par le bras et insiste pour me revoir ! J’ai été contraint d’accepter. Fallait que je me tire, j’en pouvais plus. Trop gavé pour l’écouter, trop choqué pour le défier en duel, je voulais juste partir. Mais on n’a pas le choix quand une larve nous regarde avec des yeux embués en nous suppliant de ne pas l’écraser. Donc ce coup-ci c’est moi qui me suis écrasé. Il m’a sortit son agenda à -20% chez Auchan et m’a énoncé toute une liste de dates. A croire qu’il avait rajouté des jours dans le mois pour être sûr de me revoir. Il me connaissait à peine et il était déjà prêt à prendre l’abonnement. Il continuait à énumérer ses dates mais, trop préoccupé à imaginer les 1001 façons de fuir, j’écoutais pas vraiment.
C’était long, j’en avais marre et je voulais rentrer. Alors j’ai fini par dire oui à l’un de ses assauts. J’aurais dû écouter la date avant de faire ça ! Et vas-y que je te fixe un rendez vous le lendemain en plein travail ! J’étais bien embêté !
Chapitre 4 (narrateur : Moi)
Egypte, 1921
A cette époque, le vieil immortel portait la moustache et les cheveux légèrement plus longs derrière. Methos n’avait pas beaucoup voyagé cette année là. Mais quand son ami Peter Hodge, célèbre archéologue, lui avait proposé de l’assister dans ses fouilles, Methos avait sauté sur l’occasion. Il avait fait la traversée de la Méditerranée en bateau en compagnie de la haute société, fumeurs de cigares en costards et vieilles rentières en porte-jarretelles.
Plus que deux heures et il serait arrivé au Caire. Il avait trimbalé ses valises sur le pont et attendait passivement en observant les passants. Il aurait aimé leur mentir et leur dire que la zone était interdite tellement étaient-ils nombreux. Une vieille bonne femme, de celles qui sont en porte-jarretelles, s’assit sur son banc.
Methos fit une grimace, celle qu’on fait une fois après avoir pris une profonde respiration et avant de plonger dans l’eau. En effet, sa voisine avait une odeur de pisse qui aurait coulé sur les jambes lors d’un précédent soulagement. Elle semblait faussement intéressée par le journal que tenait Methos et se plaça la tête sous la couverture pour y lire le titre. Non seulement elle lui avait coupé la respiration mais il fallait qu’elle l’empêche de lire. Il lui lança à la figure le nom du Times et la vieille fit mine de connaître. Et puis elle croisa les jambes comme pour inviter Methos à s’y glisser. C’en était trop.
A cet instant il voulait être Francis Begbie, il voulait avoir le cran de la taper à mort. Oui il voulait la tuer mais les gens auraient été pris de pitié envers elle, ils en profitent toujours. Il aurait mieux valu une mort lente voire un suicide maquillé. Il commença à prendre goût à ces visions et laissa libre court à son imagination. Puis une main se posa sur lui. Il sursauta et leva les yeux.
- Benjamin !
Methos se leva et serra son ami Peter dans les bras.
- Je ne pensais pas te trouver sur le bateau !
- Je reviens d’une conférence en Grèce. L’art Egyptien intéresse beaucoup les gens, tu sais !
- Comment vont les affaires ?
- Très bien, sans quoi je ne t’aurais pas fais venir ! La dernière fois que je t’ai vu, tu étais avec une charmante jeune femme, je m’en rappelle ! Tu aurais dû l’inviter.
- Senara n’est pas très disponible en ce moment. Elle doit être en France ou quelque part en Europe.
A vrai dire il n’en savait rien du tout, il avait répondu pour faire croire qu’il savait, pour ne pas perdre la face. En fait ils s’étaient quittés un peu fâchés, rien de bien méchant. Il avait déjà prévu de s’incruster chez elle le mois prochain.
- Tu m’as parlé d’un site intéressant dans ta lettre, qu’en est-il ?
- Ah oui, c’est à 30km du Caire ! On a peut-être trouvé le tombeau d’une famille d’architectes !
- Vraiment ? Et qu’avez trouvé pour l’instant ?
- La dernière fois que j’ai vu le site il y’avait juste quelques reliques. Nous irons voir ça demain, si tu veux bien ! Juste le temps de te reposer.
Methos avait rejoint un grand hôtel payé par son ami anglais.
Il n’avait pas pris la peine de défaire ses valises, il s’était effondré comme une masse sur son lit. Le lendemain matin, Peter Hodge l’avait invité à prendre le petit déjeuner dans la salle restaurant de l’hôtel. Puis ils s’étaient rendus sur le fameux site archéologique.
Methos constata que de tout ce qu’il avait pu imaginer, rien n’était aussi grand que la réalité. Des centaines d’habitants des villes locales avaient acceptés de participer aux fouilles. Certains creusaient, d’autres dépoussiéraient les vases et multiples objets trouvés dans les tentes. Hodge avait invité des photographes, des journalistes, des spécialistes et sa femme, laquelle se joignit à lui et Methos.
- Qu’y a-t-il de neuf depuis mon départ ?
- C’est un miracle ! On pense avoir découvert l’entrée d’un tombeau !
Elle s’interrompit et remarqua que l’inconnu à côté de Peter ne lui avait pas été présenté. Elle lui sourit et lui serra la main.
- Benjamin Adams, c’est ça ?
- Enchanté !
- Je suis Gail Hodge, je participe aux fouilles de mon mari.
- Et quelles fouilles ! Quand pensez vous pénétrer dans le tombeau ?
- Demain, ça me paraît faisable mais certains employés sont un peu superstitieux et craignent une malédiction.
- Foutaises ! cria Peter. Où est passé Khalid ?
Gail désigna un employé sur une dune de sable. Le bonhomme était vêtu à l’occidentale avec des bretelles et des bottes. Il sentit le signal et regarda tout autour de lui. Methos le fixait avec crainte. L’égyptien finit par le remarquer et fit signe à Hodge qui le lui rendit.
- C’est lui Khalid ? interrogea le vieil immortel.
- Oui, c’est notre dynamiteur.
En effet le type s’agenouilla, prépara son détonateur et attendit que tout le monde s’écarte d’un grand rocher. Tous le regardaient avec impatience, y compris Methos qui n’avait jamais assisté à un spectacle de ce genre. Khalid baissa le détonateur et le rocher explosa dans un vacarme assourdissant. Les employés se protégèrent le visage de la fumée et du sable.
Methos passa l’après-midi à regarder les objets trouvés dans les tentes accompagné de Peter et son épouse qui les lui présentaient, ce qui l’amusait étant donné qu’il connaissait déjà l’utilité de tous.
Disons que ça lui rappelait des souvenirs. Il avait été décidé que comme Peter supervisait les fouilles c’est lui qui monterait la garde le soir. Il se posta devant l’entrée du tombeau avec une torche à côté de lui. Methos qui finissait de manger en compagnie de tous les invités de l’expédition sous une tente aménagée décida de tenir compagnie à son ami. Il s’assit à ses côtés, éclairé par la torche.
- Comment s’est passée ta journée, Benjamin ?
- C’était très intéressant ! Mais j’ai encore plus hâte pour demain.
- Oui comme nous tous !
Methos regarda le ciel quelques instants et se tourna vers son ami.
- Que feras-tu après ces fouilles ?
- Je crois que je vais arrêter mon travail et retourner vivre à Londres avec Gail. Avec tout ça, on ne prend plus de temps pour nous deux. C’est pour ça que je l’ai fais venir. Nous avons du temps à rattraper…
- Vous n’avez pas de projet ?
- On aimerait avoir un enfant. Tu m’imagines avec un fils ? lui sourit Peter.
- J’espère que tu me choisiras comme parrain ! plaisanta Methos.
- On y est pas encore.
- Je suis claqué, je vais me coucher.
Methos se leva et le quitta en lui souhaitant une bonne nuit.
Le lendemain matin, Gail le réveilla, affolée. Tout le monde dormait encore. Il se redressa dans son lit, à moitié endormi.
- Que se passe-t-il ?
- Est-ce que vous savez où est Peter ? Il a disparu !
- Il était devant le tombeau hier soir. Vous avez cherché ?
- J’ai peur qui lui soit arrivé quelque chose.
Ils cherchèrent dans toutes les tentes et réveillèrent tout le monde mais ils ne trouvèrent pas l’archéologue. Ils prirent des torches qu’ils allumèrent et prirent l’initiative de chercher dans le tombeau.
Ils avancèrent prudemment. Il faisait très sombre. Ils prirent un petit couloir dont les murs étaient peints, couverts de dessins. Ils aperçurent une forme sombre par terre. Ils s’approchèrent, et constatèrent avec terreur que Peter gisait sur le sol, calciné. Sa chair était noircie et son squelette était visible. Il suintait. Gail cria de toutes ses forces mais Methos restait planté à genoux en observant son ami avec effroi. Sa torche était éteinte à ses côtés. Il leva les yeux vers une statue et remarqua qu’elle possédait des creux à plusieurs endroits, des creux qui devaient contenir des pierres précieuses.
En sortant du tombeau, les employés étaient regroupés et attendaient une réponse de la part de Methos. En voyant le visage de Gail ils comprirent. Il interrogea les employés et se rappela de Khalid, le dynamiteur. Il apprit que le type avait disparu depuis la nuit précédente.
Chapitre 5 (narrateur : Murdoc)
Une parfaite soirée pour un parfait match ! Je dois avouer que ces salopards d’anglais étaient fichtrement déchaînés ce soir là ! Ils menaient 3-0 contre une France qui n’en touchait pas une !
On aurait mis le même public sur un terrain vague avec des couteaux, personne n’en serait ressorti entier. Le Beggar (= cloche ou mendiant en anglais) était excité comme une pucelle. Il brandissait son lager en en postillonnant la moitié sur les enragés de devant. Il attendait avec impatience qu’ils se retournent et nous mettent sur la tronche. Methos, lui, attendait le sandwich de la mi-temps. Je crois que le foot c’est pas trop son truc, il préfère le tournoi des six nations de Rugby. Les cris, les menaces de morts et les insultes envers les joueurs, c’est pas son dada. Il prenait quand même son pied, on peut pas dire le contraire. Il était amusé par tout ce bordel. Je jurerais que c’était son premier match !
Ca faisait bien cinq bonnes minutes que le con de devant criait « enculé ! enculé ! enculé ! » à rythme régulier, un vrai perroquet. Begbie avait ramené une aiguille à tricoter qu’il avait aiguisée. Au moment venu il ferait de la dentelle avec la gueule du con. Methos était en train d’épuiser toutes nos réserves de bière, je suis sûr qu’il avait sifflé la moitié.
Je lui ai fais signe d’y aller mollo et quand il s’est vu confisquer la glacière. Il se serait prostitué pour que je la lui rende.
- Alors qu’est-ce que tu comptes faire pour Khalid ?
- Je vais marcher dans son jeu et éliminer tous ses pions un à un.
Il avait soif de vengeance. Et après il se tue à faire comprendre aux gens qu’il a changé. N’empêche qu’il était humain et qu’évidemment ce genre de pensées était inévitable, en tout cas pour lui.
- Il nous a invité pour le week-end prochain.
- Nous ? Tu lui a parlé de Begbie et moi ?
- Quand il m’a parlé de golf je lui ai dis que j’avais deux amis écossais que ça intéresserait sûrement.
- Du golf ? Faut voir…
Beggar, qui jusque là avait été attentif au match, s’est tourné vers nous. Il semblait intéressé.
- C’est chicos le golf. Il doit être friqué ton copain !
Dix contre un que seule la vision de l’argent l’avait interpellé.
- C’est pas mon copain, fit Methos comme pour se défendre.
- T’es son copain mais lui il est pas ton copain, c’est ça ?
- Bon t’es partant ? m’impatientais-je.
- Je veux que ch’uis partant !
La mi-temps a sonné. Ca faisait chier Begbie mais je peux dire que l’autre pétillait de joie. Il s’est empressé d’aller voir un de ces petits vendeurs à la con qui refilent des sandwichs au pain congelé, au beurre pas frais et périmé et au jambon transgénique. Methos s’est fait dévaliser avec plaisir de trente balles pour sa ration. Il a pas proposé de nous payer les nôtres. Remarque, c’est lui qui a payé les billets du match.
J’ai pris comme lui un jambon-beurre. Begbie a poussé le type du stand et s’est fait lui-même son hot-dog à la moutarde. Il nous a rejoint un peu plus loin.
On l’avait pas attendu. Les frites étaient déjà froides et en plus elles puaient l’huile de vidange. Methos était un peu troublé, et puis ses yeux sont sortis de leurs orbites. je savais qu’il avait une idée derrière la tête.
- Attendez j’ai une idée ! On a tous besoin d’argent, ici ! Begbie, toi tu veux te payer ton bar ! Murdoc, je suis sûr que tu ne serais pas contre l’idée de t’acheter un nouveau bateau de pêche !
- Très juste... mais t’as pas tellement besoin de fric ?
- Tu veux rire ?! La proprio de mon appart me guette tous les matins pour me rappeler de payer le loyer ! J’le sais, j’entends toujours sa porte grincer à l’avance ! Tu devrais voir ça ! un vrai piège ! Deux mois de retard et le troisième approche !
Begbie leva la tête de ses frites.
- Et alors ? Qu’est-ce que t’essayes de nous dire ?
- On va s’enrichir sur le dos de Khalid ! Il est plein aux as ! Je vois pas trop comment mais je vais y réfléchir.
On était partants Begbie et moi, mais on s’est pas trop emballés à cette idée, ça nous semblait difficilement réalisable, surtout que les plans de Methos finissaient toujours par foirer.
Chacun s’est prit une bière dans la glacière et on a rejoint nos places pour la suite du match.
Le couillon de devant a crié un « enculé ! enculé ! enculé ! » destiné à un joueur anglais. Il avait raison mais c’est vrai qu’il commençait à être lourd. C’est là que Francis a réalisé que la moitié du match était passée et qu’une meilleure occasion ne se présenterait peut-être pas. Ni une ni deux il a éclaté sa bouteille sur le crâne du con. Son copain s’en ai mêlé. Plutôt couillu le couillon, non ? Mettez le feu à un arbre et l’incendie se propagera dans toute la forêt. Et bien ça a pas fait un pli, tous les supporters se sont mis à se refaire la façade en rouge sang.
Methos a mis les mains dans les poches et à suggéré qu’il était temps de s’éclipser. C’est ce que certains appelleraient de la lâcheté, mais Methos qualifie ça d’instinct de conservation. Je l’ai suivis sans me faire prier. La dernière image que j’en retiens c’est celle de Francis brandissant un fumigène rouge au milieu des enragés.
Il aura fallu dix bonnes minutes pour que Franco se décide à nous rejoindre dehors. Mon bilan général : très bon match, bilan général de Begbie : très bonne baston, bilan général de Methos : chouette pause sandwich.
Chapitre 6 (narrateur : Begbie)
Le type s’est courbé avec son club en mains et a envoyé valser sa balle assez loin pour qu’on ne la voie pas.
Il était assez concentré pour nous raconter comment il volait les gens. Je crois que j’aurais dû être agent du fisc moi aussi ! Ca paie bien et c’est tranquillou. Ses petites histoires m’intéressaient bien, je prenais note. Il me plaisait déjà cet enfoiré. Quant aux deux autres, ils faisaient mine de prendre ça avec sérieux mais ils en avaient rien à branler. Ils se faisaient chier. Je gardais mon sérieux quand même, je connaissais pas assez ce type. Je suppose que si Methos voulait le buter, c’est qu’il avait ses raisons. Murdoc ne disait rien, seuls Methos et moi osions ponctuer la conversation.
J’ai relevé la manche de ma veste et là je me suis rendu compte que depuis une heure le mec jouait tout seul. Putain on est venus assister un connard en train de jouer ! Il a pas servi à grand-chose mon foutu club chouré à Décathlon spécialement pour l’occasion…
Quelques puts et quelques histoires d’arnaques plus tard, il nous a débité toute une liste de banques qu’il projetait de dévaliser un jour. Il insistait sur une située dans le 16ème. Nous autres on s’est regardés, sachant pertinemment que le gus nous en parlait pas par hasard. Pourquoi pas après tout ? C’est que ça fait de l’argent quand même ! Murdoc aurait pas craché sur l’idée de se payer un bon rafiot, Methos payait ses factures avec un mois de retard à chaque fois et moi il me fallait mon pub écossais ! Et je voulais pas prendre de la merde ! Pas un des ces bars à la con avec les soulards du coin qui puent le trottoir, des gros barbus qui vendent des cartouches de cigarettes, du carrelage cradingue parterre, des murs tous noircis, des baby-foots et des odeurs de clope !
J’avais déjà réfléchis à la déco : murs verts sombre, lampes très british sur toutes les tables elles mêmes en bois vernis foncé, comptoir de la même couleur et sans clopes à vendre, pas de carrelage mais du parquais noir, quelques tableaux et aquarelles de Grande Bretagne histoire de mette l’ambiance, salle très spacieuse, portes vitrées en bois noir, chiottes impec blanches avec des putains de lumières dans tous les coins, arrière cuisine avec cuistos et serveurs histoire de bouffer les spécialités de Grande Bretagne. Je pensais mettre des musiques celtiques ou du rock irlandais, un choix impressionnant d’alcools et des sodas pour les mioches. Un vrai pub chicos avec ses nombreux habitués, une belle ambiance celtique, une bouffe qui ne soit pas du snack ! Des lumières tamisées, des tables de billards et une petite scène avec des chanteurs celtes et leurs musiciens ! Ce serait vraiment géant ! Les copains amèneraient leurs amis, tout le monde serait le bienvenu !
Enfin bref, il nous fallait du fric et vite.
Khalid m’a arraché à mes rêves avec des histoires de pourcentages, on toucherait 25% du magot chacun. On avait aucune idée de la somme qu’on volerait mais le pourcentage était déjà fixé. J’aurais bien voulu savoir ce qui se passait dans la tête de Methos à ce moment là. Jusqu’où ce con nous embarquerait ?
Pour les 25% d’accord mais seulement si ça me coûte pas un retour en taule ! Vous savez pas ce qu’ils vous font là-bas ! Les prédateurs sont à l’affût de futurs salopes ! Je le sais, j’en ai même eu un comme compagnon de cellule ! Un soir que je chialait comme une fillette il m’a pris dans ses bras, la tête sur sa cuisse. C’est quand j’ai remarqué qu’il défaisait sa braguette que je l’ai foutu à terre et que je l’ai envoyé aux urgences !
Bordel, comment j’en suis venu à vous causer de ça ? Ah oui ça me revient.
Bon alors Methos a dit oui timidement pour faire le coup. Murdoc a serré le cul pendant une seconde mais il a capitulé en pensant à tout ce fric. En partant on a pris la vieille bagnole de Methos, une Golf. Il conduisait avec Murdoc à côté de lui, sur la place du mort. Et moi j’étais derrière comme un minet que les flics auraient chopé dans leur caisse. Et puis le loup de mer qui voulait ouvrir sa gueule depuis un moment s’est déchaîné sur l’autre fouine.
- Tu sais jusqu’où tu nous mènes avec tes conneries ?
- C’est pas des conneries, c’est très sérieux !
- On va tous se faire prendre par les flics !
Mes poumons se sont serrés et j’ai pouffé de rire comme un gamin. Methos m’a lancé un regard assassin dans le rétroviseur. Il a osé, le connaud ! Le type voulait toucher au pouvoir au moins une fois dans sa vie alors je me suis montré clément cette fois-ci.
- Personne ne se fera prendre ! J’ai un plan ! qu’il a dit le Methos.
- Ah oui t’en es sûr ? C’est pas l’impression que j’ai eu en te voyant tout à l’heure !
- Pourquoi tu réagis comme ça ? Je t’ai dis que je voulais sa peau ?!
- Alors défie-le, mais ne nous mêles pas à tes combines !
Il a parlé en mon nom là, très mauvaise tactique... Par principe je me suis rangé de l’autre côté. Je me suis redressé sur mon siège et j’ai posé les coudes sur les épaules des matous.
- Pense au pognon, mon con !
D’un air ampoulé, il m’a sorti :
- Begbie, mon ami, est-ce vraiment tout ce à quoi tu aspires dans la vie ?!
J’ai pas compris où était la critique.
- Bah ouais !
On a fermé nos bouches – voyez comment je suis poli – pendant quelques petites secondes. Le Murdoc il savait pas quoi me répondre. En fait je crois qu’il s’en foutait un peu. Et puis il s’est tourné vers Methos qui embrassait le goulot de son Export.
- Tu te rends compte à quel point tu t’obstines ?!
- Je m’obstine ? Tu veux bien me répéter ça ?!
- Ouais parfaitement, tu t’obstines ! Un vrai chien enragé ! Tu nous transmettras pas ta rage !
Dis comme ça, on se serait cru dans un film.
- C’est fort ça...le cassais-je
- Je veux juste faire les choses bien ! insista Methos. Et puis bon sang, c’est qui l’obstiné ?! Je te rappelle que là-dessus t’es pas un très bon exemple !
- Ah bien sûr, tu te prives pas de ressasser tout ça…
Chapitre 7 (narrateur : Moi)
Londres, 1091
Murdoc était assis au fond d’un cachot, lui-même au fond du donjon.
Il avait commis l’irréparable.
Son attentat envers Ethelred II avait été un échec.
Il réfléchissait et se repassait la scène dans sa tête pour savoir ce qui avait bien pu lui échapper. Ses hommes étaient tout près dans d’autres cachots. Il sentait qu’ils étaient là et ça le rassurait. Ses jambes étaient allongées par terre, ses bras pendouillaient le long des cuisses, la paume des mains vers le haut. Sa tête se reposait contre le mur. Il avait les yeux à demi-fermés mais ne dormait pas.
Au dessus de lui il y avait bien une fenêtre, mais il ne voulait pas la voir car à cette heure-ci, il y verrait le peuple anglais réclamant les pendaisons de huit pauvres écossais révoltés. Un garde ouvrit la grille du cachot et le releva. Il ne l’attacha pas et compta sur sa coopération. Le regard de Murdoc était vide. Il savait que ce serait la fin, pas pour lui mais pour les malheureux qu’il avait mené à la mort. Il avançait sans force dans les couloirs du donjon puis un bruit de tambour retentit.
Il s’arrêta un instant. Plusieurs tambours battaient à rythme régulier. Le stress monta dans sa poitrine. Il se dirigea vers la lumière tout au fond, la lumière du jour. Il avança et se retrouva dehors. Puis il entendit un juron, et un autre. Une centaine d’anglais déchaînés se dressait devant une estrade avec huit cordes aux nœuds déjà faits. Le bruit de tambour cessa.
Methos et Begbie voyageaient dans le pays depuis quelques mois déjà. Francis n’avait aucune haine envers les anglais. Il n’était pas vraiment écossais.
Quand il était né, dans ce qui deviendrait plus tard Edimbourg, son pays ne portait pas encore le nom d’Ecosse mais de Calédonie. De plus il connaissait bien les anglais. Methos avait cherché à fuir un immortel et connaissait très mal l’Angleterre alors quand il proposa à Francis de visiter le pays ce dernier l’avait suivit.
Les deux compères avaient traversé toute la région sur un charrette à bière. Begbie faisait avancer les chevaux et Methos siégeait à l’arrière en veillant sur la marchandise. Ils arrivèrent à l’entrée d’une ville. Deux gardes inspectèrent le tout et les laissèrent passer. Francis accrocha les chevaux à un poteau alors que Methos s’éloignait vers l’entassement du peuple. Il sentit le signal. Il scruta la foule puis il remarqua que le prisonnier à côté du garde le fixait. Franco vint à côté de lui, les mains dans les poches.
- C’est qui ?
- Je crois que c’est lui, désigna Methos.
- Bande de sauvages…
- On est pas obligés de rester.
Le garde enfila une cagoule noire et passa une corde autour du cou de Murdoc.
L’immortel tourna la tête et vit ses sept hommes. La peur les avait envahi. Peut-être lui en voulaient-ils ? Des gardes les placèrent de chaque côté de lui et leurs passèrent des cordes autours de leurs cous.
Methos compatissait à leur douleur, lui aussi avait été pendu une fois, une histoire de vol de bière. Depuis sa promesse débile envers Methos de limiter la violence, Francis témoignait d’un manque qui pouvait s’apparenter à un sevrage de drogué.
Après avoir élaboré un plan minutieux, sans que son compère ne s’en aperçoive, il détacha les chevaux et prit les commandes de sa bièremobile. Les péquenauds de devant se retournèrent et virent avec frayeur le psychopathe fonçant sur eux. Methos lui-même en fut surpris. Murdoc vit en l’énergumène un espoir messianique. Le fou criait et riait comme un adorateur de Satan, insultant au passage de toutes ses forces les mères des villageois. Malheureusement pour lui, la charrette fut interceptée.
Un péquenaud encapuchonné et armé de sa pelle sauta sur le cheval de gauche et assomma Begbie. Methos fut soulagé pour ses boissons qui n’auraient pas survécu à l’impact contre l’estrade des pendus.
Il fut très amusé, ainsi que le public, de voir son ami, penaud, qui se faisait passer une corde par un gus en cagoule noire. Murdoc fusilla du regard ce crétin placé à côté de lui.
- C’est du joli ça !
- Ca va l’ami, te railles pas…
Methos hésita un instant à reproduire la scène pour sauver les mortels mais les deux gardes de l’entrée qui l’avaient vu en compagnie de Franco le surveillaient à présent. Un bourreau se dressa sur le devant de la scène et s’adressa à la populace :
- Pour les ennemis du roi il n’existe qu’un châtiment : la mort !!
Il fit un signe de tête à trois gardes et les bruits de tambours reprirent. Tout le monde se taisait.
Methos était mal à l’aise de ne pouvoir rien faire pour les sept mortels. Quand tout bruit cessa, l’orateur donna un coup de pied dans les neufs tabourets. Puis les gens se remirent à crier et bombarder d’insultes les ennemis du roi et le dingue qui tenta de les sauver… Quand plus personne ne se débâtit chacun reprit son activité : certains retournèrent au marché et d’autres quittèrent la ville avec le sentiment d’avoir assisté à un beau spectacle. Methos restait planté, bras croisés, devant l’estrade et s’adressa au bourreau qui retirait sa cagoule :
- On ne détache pas les morts ?
- Non, ils serviront d’exemples aux prochains qui voudraient porter atteinte au roi !
L’homme quitta les lieux et Methos assista à la résurrection des deux autres immortels. Les gens réagirent. Un vieil assoiffé de pendaison qui tenait un stand de fruits cria auprès des autorités que deux criminels morts n’étaient pas vraiment morts. Methos s’empara d’une hachette laissée par un bourreau et se hâta de couper les cordes.
- Qui êtes vous ? interrogea Murdoc.
- Plus tard !
- Suis nous l’ami, proposa Franco.
Cinq gardes couraient vers leur champ de vision mais ils furent plus rapides. Begbie sauta sur la charrette et s’empara des commandes, Murdoc s’assit à l’arrière et Methos, à la traîne, n’était pas encore monté. Francis n’y prêta pas attention et fit courir les chevaux.
- Hé, attendez moi !!
- Ton copain va se faire prendre !
- Il avait qu’à se faire pendre lui aussi !
Begbie, stressé, n’arrêta pas la charrette. Murdoc prit une corde trouvée à l’arrière et jeta l’extrémité à Methos. Le vieil immortel la saisit et, la charrette étant trop rapide pour lui, tomba la tête en avant.
Les cinq gardes courraient derrière. Methos se prit des cailloux, de la terre, des branches, des feuilles d’arbres, du fumier et des flaques d’eau au visage. Il ne lâcha pas la corde et, essayant de se relever, il retomba aussitôt. Puis il sentit une flèche lui transpercer la fesse droite. Les gardes s’arrêtèrent de courir, épuisés. Chaque virage était une épreuve de résistance. Un vrai rodéo qui aurait mal tourné. Le vieux sentait qu’il allait lâcher quand la bièremobile stoppa près d’un lac.
Il resta allongé à terre tandis que Begbie se foutait de lui, le doigt pointé sur lui. Le pauvre Methos était totalement décoiffé, tout terreux et sans force. Murdoc le traîna par le bras et le déposa dans l’eau.
Begbie arrêta de rire et se rassit dans la charrette. Le vieux sortit de l’eau en boitant, aidé de Murdoc. Il se tint à un cheval et s’arracha la flèche du derrière.
- Comment que tu te nommes l’ami ? questionna Francis.
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