EPISODE 4
Underworld* - 2nde partie
* le milieu du crime organisé aux Etats-Unis, bref la Pègre (« organisation souterraine »)
******* SUITE ET FIN *******
Auteur : Némésis
Email : isis.carthage@caramail.com
Disclaimer :
L’univers d’Highlander et les personnages qui en sont tirés sont la propriété de
Widden -Panzer- Davis, donc je ne me fais pas d’argent sur leur dos !
Résumé : Un soir à Paris… Deux personnes
vont ramener une vieille histoire à la mémoire de Methos… Une histoire complexe
et douloureuse pour tous les trois…
Avec :
Methos/Benjamin Adams
(Peter Wingfield),
Dante Zerilli
(Joaquin
Phoenix), Francis Allen Doyle
(Glenn Quinn), Una Mae Carlisle
(elle-même), Ariadna Evar (Rebecca
Romjin - Stamos), Julian Bernstein (David
Anders), Eliot Ness (Adrien Brody),
Johnny (John Lee Hooker gamin)
Le retour à la réalité fut des plus déplaisant pour Methos qui se réveilla ligoté sur une chaise, les yeux bandés, et un fourmillement terriblement désagréable dans le bas de la nuque. Il se tortilla d'un côté, puis de l'autre afin de voir si les liens ne pouvaient se détendre mais un rappel à l'ordre brutal le calma.
Un long laps de temps s'écoula durant lequel il s'interrogea sur ce qui lui était arrivé, ainsi qu'à Doyle : était-il déjà mort ? C'était tout à fait envisageable… Surtout si…
Methos abandonna subitement ses pensées pour écouter : quelqu'un respirait de manière haletante, comme le fait un homme qui a peur…
- Doyle… ? murmura-t-il en se penchant légèrement en avant.
- Je suis… là…
- Bien.
- Bien ? ! On est dieu sait où, pieds et poings liés, et pour vous c'est bien ?
!
- Bon sang, laissez-moi faire et parlez le moins possible ! Ça peut peut-être
encore s'arranger…
S'arranger ? Ca serait déjà un miracle s'ils s'en sortaient en un seul morceau,
mais bon, il n'avait pas le temps d'être cynique s'il voulait être efficace. Un
signal bien connu arracha nos deux immortels à leur échange. Ils tournèrent
instinctivement la tête vers la même direction bien qu'ils ne voient absolument
rien ni l'un ni l'autre.
*Aïe ! pensa aussitôt Methos. Manquait plus que ça….*
- Je vois que nos invités ont fini par sortir du doux pays des rêves, commença
une voix masculine railleuse.
Puis l'homme effleura l'épaule de Methos pour lui faire comprendre que c'était à
lui qu'il s'adressait :
- Je suis particulièrement heureux de vous voir, ou plutôt devrais-je dire, vous
revoir…
- A qui ai-je l'honneur ? fit Methos d'un air détaché qui énerva l'homme.
- Ne faites pas comme si vous l'ignoriez voyons… Je suis Dante Zerilli. L'autre
soir, dans mon club… Vous vous souvenez maintenant ? Vous avez supposé que je ne
vous avais pas remarqué ! ? Je n'apprécie pas d'être ainsi sous-estimé ! J'ai un
œil de lynx, surtout en ce qui concerne les nôtres… Je ne serais pas devenu ce
que je suis aujourd'hui si je n'avais pas su me débrouiller dans ce monde…. Je
me suis demandé ce que vous pouviez bien me vouloir… Peut-être ma tête ? Mais
j'ai rejeté cette possibilité, vous ne vous seriez pas aventuré jusque là. Vous
m'avez échappé… J'ai cru que c'était vous qui nous observiez cette nuit dans le
hangar… Là, je me suis trompé…
Methos sentit Zerilli s'approcher de lui et bientôt l'acier glacé d'une lame
glisser sur son cou.
- Maintenant, dit Zerilli en durcissant le ton de sa voix, dîtes-moi ce que vous
me voulez ? Sachez que je ne repose jamais deux fois la même question…
- Eh bien posez m'en donc une autre, ça ne me gêne pas ! répliqua Methos avec
sarcasme.
Zerilli ne perdit pas son calme pour autant. Bien au contraire, Methos le sentit
s'éloigner de lui et marcher à pas mesurés tout en énonçant d'une voix claire :
- Je sais de vous que vous vous appelez Benjamin Adams, que vous êtes étranger à
ma ville et l'un des nôtres… Ce que je ne sais pas c'est ce que vous me voulez…
- Disons, que je fais un peu de tourisme, et qu'on m'a vivement conseillé votre
club… Sur ce, ne vous inquiétez pas, je ne crois pas rester longtemps dans cette
ville. Depuis que je suis là, je n'ai eu droit qu'à des ennuis…
- Reste à savoir comment vous la quitterez !
La voix de Zerilli n'augurait rien de très agréable.
- C'est sans doute vous qui en déciderez…
- Bonne réponse, mais ça ne dépendra que de ce que j'obtiendrai de vous… Un
conseil, soyez coopératif et vous vous en tirerez peut-être à meilleur compte
que votre ami qui nous suivait cette nuit.
- " Mieux " ? Que quoi ?
- Mieux que mort, et même définitivement mort si vous voyez là où je veux en
venir !
- Je vois parfaitement. (puis après quelques secondes de silence : ) Que lui
avez-vous fait ?
- On l'a intercepté juste avant qu'il ne rentre chez lui, après qu'il nous ait
mené directement à l'endroit où vous vous terriez… A ce moment là, on n'avait
plus vraiment besoin de lui, alors Buzzy s'en est " occupé "… Quand il l'a
butté, il n'a même pas eu le temps d'ouvrir la bouche… Un véritable amateur.
Methos masqua de son mieux son désarroi. Madden mort, la situation se
compliquait singulièrement. A cet instant il devait trouver quelque chose pour
sauver sa peau et celle de Doyle si possible.
Saisi d'une idée fulgurante, il le prit au mot :
- C'est ce qu'il était : un amateur que j'employais…
- Vous dîtes ?
- Je suis Jack Madden, privé de mon état.. Originaire de New York. J'ai été
engagé pour vous suivre. Mon client est un homme puissant… Seulement, quand j'ai
découvert l'autre soir que vous étiez un immortel, j'ai eu comme qui dirait un
léger problème pour vous suivre. C'est pourquoi j'ai dû engager ce pauvre type
que vous avez fait abattre. Je me suis caché sous une fausse identité dans un
hôtel minable et il m'a fait ses rapports…
Personne d'autre que Methos ne connaissait le visage du vrai Jack Madden, ce qui
lui offrait une certaine marge de sécurité. De plus il s'agissait là d'une
question de vie ou de mort : en effet si Zerilli ne voyait pas une bonne raison
de les garder en vie, lui et Doyle, il les décapiterait sur-le-champ… Faire
croire qu'il possédait de précieuses informations sur un ennemi caché lui
permettrait de gagner du temps…
- Et qui est ce commanditaire ?
- Je ne suis pas complètement stupide ! Si je vous lâche le morceau, ma tête ne
sera plus sur mes épaules sous peu de temps. Tout ce que je peux vous dire,
c'est que - entre autres choses - il s'intéresse beaucoup à un certain Max Owen…
lança Methos à l'aveuglette, priant pour ne commettre une erreur irréparable.
Le silence qui suivit sembla prouver qu'il était bien tombé.
- Max Owen… répéta lentement Zerilli d'une voix songeuse, je croyais cette
affaire réglée… Vous pourriez m'être utile en fin de compte… Je vais donc vous
garder en vie.
Methos respira plus facilement.
Zerilli se détourna et poursuivit :
- Mais je ne peux laisser la vie aux traîtres ! ! Tu le sais Doyle ! ?
Ce dernier, qui était resté muet par prudence, se mit à parler à Zerilli :
- Je ne comprends rien à tout ce qui s'est passé ces dernières heures, mais ce
que je sais c'est que ce que ce que vous avez fait… Ce massacre… Jamais je n'ai
voulu être mêlé à ça…
De sa voix émanait colère et révolte. Methos se dit que pour sauver sa vie
c'était mal parti… Doyle était décidément trop intègre pour ce milieu… Que
fichait-il ici ?
- Tu n'auras bientôt plus ce soucis ! répliqua Zerilli.
Sans vraiment réfléchir, Methos tenta de s'interposer verbalement :
- Vous profitez de sa position de faiblesse… C'est curieux, je croyais que les
mafieux étaient des hommes d'honneur ? Mais peut-être n'est-ce pas votre cas…
- Vous m'insultez… Mais méfiez-vous, ma patience a ses limites… J'ai besoin
d'énergie fraîche. Un quickenning me fera du bien, mais un deuxième serait aussi
le bienvenu...
- De quoi parlez-vous ? coupa Doyle.
- Vous n'avez donc pas expliqué à notre ami commun son nouvel état ? fit Zerilli
l'air faussement surpris.
- Quel nouvel état ? fit Doyle soudain mal à l'aise.
- Immortel…
Methos soupira.
Doyle eut un rire étrange qui s'étrangla dans sa gorge.
- Immortel ! ? Mais oui, j'aurais du le savoir… Je suis immortel !
s'exclama-t-il d'une voix totalement incrédule. C'est vraiment une super blague
!
- C'est loin d'être une blague. Nous sommes immortels et nous nous combattons
pour avoir la tête et l'énergie de l'autre… Il n'en restera qu'un et je ferai
tout pour que ce soit moi ! Mais ne me crois pas, ce n'est pas grave étant donné
le peu de temps qu'il te reste à passer ici bas…
Zerilli fit un pas en avant. Methos se secoua sur sa chaise pour attirer
l'attention vers lui :
- Hé ho ! Vous dîtes être un homme d'honneur alors prouvez le moi en acceptant
de me combattre … Un combat à la loyal… D'homme à homme.
Il attendit avec anxiété la suite : soit il se faisait décapiter dans la minute,
soit…
D'une voix furieuse et pleine d'orgueil, Zerilli ordonna à un de ses homme de
détacher Methos et à un autre d'apporter son épée.
Lorsqu'on lui ôta son bandeau, Methos découvrit qu'on les avaient conduits dans
une grande cave. Une énorme chaudière marchait à quelques mètres de là.
*Parfait pour se débarrasser des cadavres encombrants,* songea-t-il avec
amusement.
L'espace était néanmoins suffisant pour un duel dans les règles de l'art.
*Mais bon sang, quelqu'un peut m'expliquer ce que je fous là ?! Ce n'est
pourtant pas dans ma nature d'être le sauveur du monde ! Enfin bon, quand faut y
aller, faut y aller*
Il se lança en avant, l'épée tendue. Un bruit résonna au dessus de leurs têtes
mais les deux adversaires n'y prêtèrent nulle attention, pris qu'ils étaient
dans leur joute. Les épées claquaient l'une contre l'autre. La chaleur produite
par la chaudière n'améliorait rien. Methos semblait prendre l'avantage quand
soudain la porte métallique de la cave s'ouvrit en grand, claquant violemment
contre le mur. Un gamin jaillit et cria :
- Les flics ! ! ! Y a une descente de flics. Faut disparaître ! ! ! !
Tous les hommes présents dans la cave tournèrent leurs regards vers le gosse
puis Zerilli fit un rapide signe au colosse. Celui-ci assomma (encore !) Methos
sans qu'il n'ait le temps de réagir, tandis qu'un autre manipulait l'une des
pierres du mur, découvrant de fait un passage secret par où ils prirent la
fuite. Zerilli avant de s'y engager regarda avec regret la tête de Methos qu'il
se serait bien offerte… Il faillit se laisser aller à son impulsion mais le
colosse lui fit comprendre qu'ils n'avaient plus le temps pour ça…
* * *
Methos se réveilla pour la seconde fois de
la journée avec ce mal de crâne persistant. Cette fois-ci, il ne pu retenir une
grimace de douleur.
- Pourquoi ai-je quitté Paris ? murmura-t-il pour lui-même.
- Vous dîtes ? s'enquit avec douceur une voix féminine.
Methos tourna la tête dans la direction d'où elle venait : une infirmière d'une
quarantaines d'années lui souriait.
- Heu, rien… Mais où suis-je ?
- A l'infirmerie du commissariat central de Detroit. On n'a pas jugé votre état
suffisamment sévère pour nécessiter une hospitalisation. (Elle se rapprocha, un
verre à la main : ) Mais prenez ceci, ça devrait calmer vos douleurs.
- Merci, fit Methos en acceptant volontiers le remède.
Puis après l'avoir bu, il demanda :
- J'étais avec un… ami… Son nom est Doyle, sauriez-vous où il est ?
- Non, désolée. Mais le lieutenant Eliot Ness veut absolument vous interroger
dès que vous serez en état de le faire…
- M'interroger ?
- Oui.
- Je suis suspect de quelque chose ?
- Bien sur que non, nous savons que ces hommes - qui qu'ils soient - vous
avaient kidnappé. La police est arrivée à temps heureusement !
- Je me sens prêt !
- Vous êtes sûr ? fit l'infirmière qui, elle, n'en semblait pas convaincue.
- Oui. Plus vite ce sera commencé, plus vite ça s'achèvera !
- Très bien.
Elle conduisit Methos au bureau du Lieutenant Ness, frappa et l'introduisit.
L'immortel s'assit face au lieutenant, homme d'une trentaine d'années au visage
fin mais décidé.
- Vous voulez m'interroger à ce qu'on m'a dit… commença Méthos.
- Oui. Je n'irais pas par quatre chemins : seriez-vous prêt à témoigner de ce
que Zerilli et ses hommes vous ont fait subir ?
Methos resta abasourdi un instant par la brutalité de la demande, puis il
réfléchit à ce qu'il serait le plus sage de faire. Enfin, il répondit :
- Non.
Ness se pencha en avant, découragé.
- C'est pas possible…. J'en ai marre ! ! ! Pourquoi ? !
- J'ai comme qui dirait un trou de mémoire… Je ne me rappelle d'aucune agression
de la part de cet homme… Je ne sais même pas qui il est.
- Pourquoi le protéger ? S'exclama avec véhémence Ness. Vous avez peur de lui ?
On peut vous protéger.
- Non, je n'ai pas peur. Mais vous ne me forcerez pas à témoigner.
- Ca fait 3 ans que j'essaye de le coincer, mais à chaque fois les témoins se
désistent, parce qu'ils ont peur… Ou bien disparaissent mystérieusement, comme
le dernier en date. Pourtant il semblait un homme de confiance… Mais je devine
aisément ce qui lui est arrivé.
- Ce ne sont pas mes affaires.
Une heure, puis deux passèrent. Ness tenta toutes les techniques qu'il
connaissait pour persuader Methos de témoigner mais rien n'y fit… Ce dernier
resta muet comme une carpe. Enfin, las, Ness abandonna la partie et dit à Methos
qu'il était libre de partir et même d'aller au diable !
Ce dernier, avant de quitter la pièce, demanda où se trouvait l'homme qui avait
été kidnappé avec lui.
- Francis Allen Doyle ? fit Ness tandis qu'il se massait machinalement les ailes
du nez. Il allait bien, alors on l'a lâché il y a déjà quelques heures. Vous
étiez dans les choux ! Ah ! Et lui non plus n'a " rien vu ". Content ?
Après avoir quitté le poste de police, Methos erra un moment à la recherche de
Doyle, mais sans grand résultat. Il ignorait totalement où il vivait et s'il y
était retourné. En désespoir de cause il se rendit au bureau de Madden. Il
n'avait pas demandé au commissariat si on avait retrouvé le corps, désireux de
ne pas trop attirer l'attention sur lui, mais la réponse n'était guère difficile
à deviner.
Ayant un double des clefs que lui avait passé ce pauvre gars, il rentra sans
problème, tout en songeant qu'il ne saurait jamais ce qui rongeait tant l'âme du
privé. Le hall était toujours aussi exigu et sale qu'avant, comme si rien
n'avait réellement changé. Il alluma une lampe, elle claqua.
*Il faudra revoir le circuit électrique* nota-t-il.
Il avança donc dans une semi pénombre, passa devant de vieilles photos
d'anciennes vedettes du théâtre et du sport qui semblaient vous dévisager du
fond de leur recoin, et ouvrit la porte qui donnait sur le bureau.
Il resta figé : un homme attendait, tranquillement assis dans le grand fauteuil en cuir de Madden. L'obscurité dissimulait en grande partie son visage. Il gratta une allumette et alluma la bougie qui était sur le bureau, puis, d'un geste lent, il invita Methos à prendre un siège.
- Je vous en prie, faîtes comme chez vous ! fit-il en prenant un ton affable et
pourtant légèrement cassant.
Methos sentit qu'ils n'étaient pas seuls. Un autre homme se tenait en retrait
dans un coin.
- Merci, je préfère rester debout si ça ne vous dérange pas.
L'homme haussa des épaules. Il était blond, la petite trentaine, et avait des
traits peu communs qui trahissaient une origine peut-être scandinave… ou
Nordique ?
- Dîtes-moi, est-ce vrai ce que vous avez dit à Dante Zerilli au sujet de votre
client ?
Surpris, Methos demanda comment il était au courant de ce qu'il avait pu dire à
ce moment là.
- Je ne travaille pas pour lui si c'est ce que vous croyez. Fit le blond. Ceux
pour qui je bosse sont bien plus puissants… Et nous savons que vous n'êtes pas
le privé. Il est à la morgue, mais nous nous sommes arrangés pour sauver votre
couverture. Il ne sera pas identifié avant quelques semaines…
- Vous avez dit " nous " ? Vous travaillez pour les Russes n'est-ce pas ?
- Oui, je suis un Pourpre. Julian Bernstein.
- Et que me voulez-vous ?
- Vous engager pour nous aider à faire tomber Zerilli. C'est pour ça qu'on
m'envoie. Cette situation n'est plus acceptable, surtout depuis le massacre d'East
side (celui du hangar). Voyez- vous l'un des hommes qui est mort ce soir là
était Ray Bernstein, mon oncle et l'un des chefs du clan. Zerilli lui a envoyé
un message laissant croire qu'il voulait négocier son départ de la ville en
secret, mais c'était un piège. En tant que plus proche parent, j'ai pour devoir
de le venger en éliminant Zerilli et en faisant tomber la Camorra… Néanmoins
nous avons besoin de savoir pour quel motif vous avez fait suivre Zerilli, Mr
Adams, question de sécurité.
Methos raconta la disparition de son ami, puis finit son récit en ajoutant qu'il
n'a rien d'un privé et que les Pourpres feraient mieux d'en engager un
véritable.
- Nous savons mieux que vous ce qu'il est bon de faire… Suivez nos directives
durant quelques jours et je me charge de savoir ce qui est arrivé à votre ami,
parole de Bernstein. Quant à Mr Doyle, il attend en bas. On l'a embarqué à sa
sortie du poste pour sa sécurité. Et surtout n'oubliez jamais que nous avons des
yeux partout pour vous surveiller. Si vous osez briser la loi du silence, nous
le saurons à la seconde même. Je crois d'ailleurs que vous connaissez déjà l'un
de nos indics, fit le jeune Bernstein, l'air amusé.
Puis plus fort :
- Tu peux entrer Johnny !
A cet instant, Methos vit apparaître le petit groom qui l'avait aidé à filé du
club l'autre soir mais en n'ayant pas omis de lui subtiliser sa montre
auparavant… ! Il était à présent semblable à tous les autres gamins pauvres qui
traînaient dans la rue, mais la lueur rusée de son regard permettait de
l'identifier entre mille.
Julian tourna la tête vers Methos et lui expliqua :
- Il vous assistera, mais surtout il fera le lien entre vous et nous. Je pense
qu'il vous sera d'une aide précieuse. Il connaît bien la ville. Bon maintenant,
on va vous laisser. Bien sûr je n'ai pas besoin de vous préciser que vous ne
mettrez plus les pieds dans votre hôtel. Les hommes de Zerilli vous y attendent
déjà.
- Où est-ce que je m'installe alors ?
- Ici. Vous avez à portée de main tout ce qui vous sera nécessaire et Zerilli ne
trouvera jamais cet endroit puisqu'on a changé le nom du locataire. Quant à vos
affaires, on est allé les chercher. Elles sont dans le hall.

Julian se dirigea vers la sortie, mais il se retourna juste avant de passer le
seuil et dit :
- Et il va également de soi que si vous cherchiez à filer en douce ou à nous
berner, il vous en coûterait extrêmement cher…
- Quelle idée ! répliqua Methos d'une voix ironique.
Julian eut un sourire entendu :
- Je crois qu'on se comprend.
Et les deux hommes quittèrent l'immeuble.
Doyle rejoignit Methos et Johnny peu après. Il semblait dans un état
d'excitation et d'énervement profond. Methos prit place dans le profond fauteuil
tandis que Doyle se laissait tomber sur la chaise en face.
- Faudra changer de chaises ! lança-t-il sans bien comprendre pourquoi il disait
une chose d'une telle platitude.
- Ecoute mon vieux, commença Methos en se décidant à tutoyer Doyle, je sais que
tu es sous le choc de cette nouvelle mais ce n'est pas une raison pour être dans
un tel état… Dis-toi qu'au fond il n'y a n'y a pas que des inconvénients…
- Pas que des inconvénients ? répliqua aussitôt Doyle avec véhémence. Tu trouves
que le fait que mon patron, un mafieux sanguinaire, veuille ma peau offre des
avantages ? Ou encore le fait que j'ai pu travailler pour un tel monstre ! ! !
Methos commençait à s'inquiéter. Il fit discrètement signe à Johnny de les
laisser un instant seuls, puis il poursuivit la conversation sur le sujet qui
l'intéressait :
- Je voulais parler de ton immortalité !
- Mon… ? répéta Doyle, ahuri. Ah non, tu ne vas pas t'y mettre toi aussi ! ! !
J'en ai plus que marre de toutes vos histoires délirantes ! ! ! Je suis comme
tout le monde, un point c'est tout !
- Ah tu crois ça ? demanda Methos en se penchant vers Doyle, puis empoignant son
bras et lui tailladant profondément la peau avec la lame du coupe papier qui
traînait sur la table.
- Hé mais tu es barge ! ! ! s'écria Doyle en retirant vivement sa main et
épongeant le sang.
Il s'arrêta au bout de quelques secondes. La plaie venait de se refermer.
- Tu penses toujours que tu es comme tout le monde ? demanda alors Methos
content de sa petite prestation.
- Merde ! je me mets à délirer moi aussi… ! !
- Mais non tu n'es pas entrain de délirer. C'est la stricte vérité ! !
- La vérité… Alors je ne mourrai jamais ?
- Et tu resteras jeune, cool non ?
Doyle, encore sous le choc de cette nouvelle, semblait un peu perdu.
Methos lui expliqua la règle dans ses grandes lignes, mais l'Irlandais ne
semblait être qu'à moitié attentif. Le vieil immortel finit par demander au
nouveau ce qui le tracassait.
- C'est que… J'ai reçu une lettre. C'est ma fiancée, elle m'annonce qu'elle
arrive par le train demain après-midi… Elle a quitté l'Irlande il y a deux
semaines sur un cargo, et elle est restée deux jours à Ellis Island, dans la
baie de New York pour une vérification de papiers. Mais… Je ne suis plus sûr
d'être en état de l'accueillir. J'ai besoin de prendre un peu de recul… Et de
savoir comment le lui dire.
- Tu n'es pas obligé de le faire…
- Je tiens à être honnête envers elle ! Je l'aime plus que tout…
- Evidemment, si les choses sont ainsi… Ecoute, je te propose un truc : et si je
l'accueillais pour toi ?! !
- Tu ferais ça ! ? Je t'en serais éternellement reconnaissant ! !
- Je n'oublierai pas ces paroles ! Mais as-tu une photo pour que je la puisse la
reconnaître ?
- Oui, tiens regarde.
Doyle sortit de sa vieille bourse en cuir une photo relativement sombre, celle
d'une jeune femme absolument charmante, aux longs traits délicats, qui riait.
- Tu n'auras pas de mal à la reconnaître, elle a de longs cheveux dont la teinte
est entre le blond et un roux très clair…
- Je la trouverai, ne t'inquiète pas…
- Tu lui donneras ce bijou, fit Doyle en détachant une sorte d'amulette qu'il
portait autour du cou, elle saura ainsi qu'elle peut te faire confiance.
- D'accord. Maintenant j'ai un compte à régler. Johnny ! ! ! !
Le jeune garçon entra dans la pièce, la mine innocente :
- Oui m'sieur ?
- Tu te rappelles notre précédente entrevue ?
- Oui.
- Je crois que ce jour là j'ai comme qui dirait perdu quelque chose…
- Vraiment ?
- Oui. Allez rend la moi ! !
Johnny eut un regard amusé, puis il sortit de sa poche une montre à gousset
qu'il posa dans la main que Methos tendait.
- De toute façon c'est du toc ! ! ! lança-t-il.
- Ton père ne t'a jamais dit que c'était mal de voler jeune homme ? le sermonna
Methos d'une voix volontairement moralisatrice tandis qu'il rangeait l'objet du
délit dans son veston.
- Il est mort…
- Oh… Je suis désolé pour toi.
- Pas grave. Je ne l'ai quasiment pas connu…
- Et ta mère ?
- Ça fait un moment que je ne l'ai pas vu…
- Un moment… ?
Johnny resta muet mais Doyle s'en mêla :
- T'as décampé de chez toi, c'est ça ?
Johnny baissa les yeux.
- On va rien te faire ! ! Dis, pourquoi tu as fait ça ? On ne te traitait pas
bien ? ? ? demanda Doyle.
- Non… Ils étaient même très gentils. Mon beau-père était guitariste dans des
clubs du coin et il m'a appris pleins de trucs chouettes mais…
- Mais quoi ? l'encouragea Methos.
- Mais il ne voulait pas me laisser devenir musicien professionnel… Selon lui
fallait que j'aille à l'école… Pff, l'école ça sert à rien ! Alors j'ai sauté
dans un train de marchandises quand il passait près de chez nous, finit-il par
avouer.
- Tu es apprenti musicien ?
- Oui… De blues. Je veux jouer toute ma vie, parcourir le monde et travailler
dans les clubs comme le font tous les autres ! ! ! Mais je n'ai pas encore
trouvé d'engagement.
- Tu ne crois pas que tu es un peu jeune pour ça ?
- J'ai déjà 15 ans ! ! s'insurgea Johnny.
- Oh, pardonne nous, déjà presque un homme ! s'empressa de s'excuser un Methos
amusé.
Johnny fit la moue.
- Tu viens du Sud ? lui demanda Doyle.
- Oui.
- Comment en es-tu venu à travailler pour les Pourpres ? C'est assez loin du
milieu du blues ! fit Methos.
- Quand on a besoin de manger, on prend ce qui vient… expliqua Doyle qui avait
déjà connu cette situation.
- Et ils me traitent mieux que la plupart des gens… acheva Johnny. J'ai même pu
m'acheter une guitare en faisant des économies ! ! Et ce sont des hommes
influents. Ca pourrait me servir un jour…
- Ou te desservir. Répliqua Methos.
- Et ta mère… Elle doit s'inquiéter pour toi. Fit Doyle.
- Il est toujours aussi sentimental ? demanda Johnny à Methos.
- Je ne le connais pas encore très bien, mais il me semble bien que oui !
Il eut un sourire innocent quand Doyle le foudroya du regard.
- Bon ça ira pour ce soir les mecs ! ! ! Moi je vais me coucher ! !
- Déjà ? fit Methos. Voyons ne te vexe pas ainsi ! Et puis il est tôt ! Je suis
sûr que Johnny peut nous indiquer un endroit sympa et sans risque où on pourrait
aller se détendre un peu. Je crois que tu en as bien besoin Doyle, tu as l'air
d'avoir les nerfs à vif !
- Tu te doutes pourquoi ! se récria Doyle.
- Si vous voulez, il y a une soirée dans un bar sympa. Proposa Johnny.
- C'est parti ! fit Methos.
Doyle suivit le mouvement en poussant un soupir résigné.
Johnny les emmena dans un quartier plus que mystérieux : somptueux et dangereux,
son sol luisait comme un miroir, et les habitants semblaient marcher en
permanence sur de l'eau. Les rues transpiraient l'humidité de la rivière toute
proche, et une épaisse fumée échappée des bouches d'égouts enveloppait cette
partie de la ville au fur et à mesure que le soleil descendait vers l'horizon,
faisant naître un monde irréel, un monde de fantasmagories. Et tous ceux qui le
traversait paraissaient vouloir échapper à quelque chose, et d'autres faire
naître un destin.
Il longèrent une avenue, croisant des flâneurs désœuvrés qui se tenaient à
l'affût sur les trottoirs. Par instant, des taxis - avec des couples à leur bord
- surgissaient du brouillard sur les chapeaux de roues, les emportant d'une
soirée privée à un cabaret. Au loin, se propageaient des bouffées de musique aux
origines mystérieuse, ainsi que des fragments de conversations enjouées et de
bruyants éclats de rire.
La soirée bohème et musicale se tenait dans le sous-sol d'un vaste immeuble. Ils arrivèrent en pleine jam-session. Au balcon s'entassaient des musiciens amateurs déchaînés qui hurlaient leurs encouragements aux musiciens de scène. Les rares becs de gaz qui éclairaient l'endroit de façon minimaliste dégageaient eux aussi une épaisse fumée.
Tout autour les feuilles d'érable artificielles créaient une intime ambiance sylvestre. Doyle et Methos s'installèrent à une table qui portait les marques des tortures infligées par les couteaux de précédents clients, et suivirent avec attention la session de Johnny qui avait emprunté une guitare pour participer à la Cutting-session - joute musicale entre deux ou plusieurs musiciens.
Sa voix, déjà puissante pour son âge, et sa dextérité à la guitare laissait présager un bel avenir dans la musique. Methos se surprit à battre la mesure du pied. Puis, accompagné de Doyle, il alla jeter un coup d'œil au reste de la boîte. Il découvrirent non sans surprise une grande salle où se tenaient des combats de boxe. Un type leur expliqua que les patrons, fervents amateurs de ce sport, avaient décidé de l'ouvrir -en toute illégalité bien entendue- pour assouvir leur passion. Ce soir, un match allait opposer deux monstres sacrés, Jack Dempsey contre Primo Carnera, une rencontre à ne pas rater selon le type.

Curieux de découvrir ce sport, Methos entraîna Doyle avec lui dans les rangées. Assis parmi d'autres " fans " qui hurlaient le nom de l'un ou de l'autre des boxeurs et qui se battaient à coup de cacahuètes, ils suivirent avec un intérêt croissant les différents rounds.
Doyle, profitant du bruit que faisait le
public, s'adressa discrètement à son ami :
- Benjamin…
- Oui ?
- J'ai eu l'occasion de réfléchir un peu dans la voiture… Mon immortalité et
tout ça. Enfin, tu vois ?
- Oui et alors ?
- Ce buzz, qui nous permet de nous identifier… Je l'ai ressenti quand Dante
Zerilli nous retenait… Ça veut dire…
- Qu'il en est un ? Oui…
- Il va nous poursuivre…. ?
- Je ne peux pas te l'affirmer mais c'est probable.
Accablé, Doyle baissa la tête.
- Quand Ariadna saura ce que j'ai fais… Que j'ai travaillé pour cette
pourriture, elle me quittera…
- Si elle t'aime, elle restera. Tenta de le réconforter Methos.
- Alors c'est moi qui la quitterai… A mes côtés elle sera toujours en danger et
je refuse de lui imposer ça. On s'est fiancé quand on avait 16 ans, peu avant
mon départ pour les Etats-Unis … Ça fait 5 ans qu'on ne s'est pas vu… Je voulais
nous assurer un avenir ici. Tu parles d'un résultat !
- Ça doit être dur à vivre… compatit Methos en se souvenant de certaines
expériences personnelles.
- J'ai l'impression que je n'arriverai jamais à m'habituer à l'immortalité…
C'était pareil pour toi au début ?
- A vrai dire je ne me rappelle pas vraiment… Ça remonte à un bout de temps…
- Tu as quel âge ? s'enquit Doyle.
Gêné par cette question, Methos donna une réponse évasive :
- Oh, tu sais je me suis arrêté de compter après 500 ans…
- Woah… ! Tu es déjà allé en Irlande ?
- Là et un peu partout…
Afin d'éviter de trop s'aventurer sur le champ de sa propre histoire, Methos fit
bifurquer la conversation sur un autre sujet important :
- Il te faudra trouver un maître… Il saura t'apprendre tout ce qui est
nécessaire à ta survie.
- Qui ?
- On verra ça quand toute cette histoire sera terminée !
- Bien.
Le combat s'acheva au septième round par KO de Jack Dempsey, au grand dépit du
voisin de Methos qui se mit à bougonner. La salle se vida progressivement de son
public qui se dispersa dans les autres salles. Methos et Doyle suivirent le
mouvement général et retrouvèrent leur table. Ils commandèrent deux bières et
passèrent une bonne fin de soirée. De retour au bureau et rompus de fatigue, ils
s'aménagèrent chacun un coin pour dormir et tombèrent très vite dans les bras de
Morphée.
Le soleil se levait à peine sur Detroit, mais Doyle était déjà réveillé. Bien
qu'il se refusa à le reconnaître, il était toujours profondément troublé par la
révélation de son immortalité nouvelle.
Mais plus encore, c'était la pensée d'Ariadna
qui l'avait éveillé. Elle serait bientôt là…. Elle était tout pour lui , et si
le fait même de vivre éternellement pouvait avoir quelques aspects séduisants,
la contrepartie serait lourde : il allait la perdre, elle. D'une manière ou
d'une autre. Soit qu'effrayée, elle le quitte, soit qu'un funeste jour ce soit
tout bonnement la mort qui la lui enlève…
Mieux valait limiter la douleur au maximum dès maintenant. A présent, il savait
que jamais il n'aurait d'enfant, et c'était douloureux pour lui qui en avait
tant rêvé. Ariadna aimait beaucoup les enfants. Elle avait appris à lire et à
écrire, ainsi que de nombreuses choses et enseignait aux jeunes enfants de leur
village. Il se remémora son visage lumineux quand elle lui parlait des nombreux
enfants et petits-enfants qu'ils auraient plus tard autour d'eux.
Methos se leva, puis Johnny fit son apparition. Doyle était parti acheter de
quoi déjeuner. La matinée passa tranquillement. Johnny anima un peu l'ambiance
en jouant de l'harmonica tandis que Methos feuilletait les dossiers de Madden.
Il n'y avait pas grand chose et souvent des affaires sordides. Au fond d'un
carton, il découvrit un article chiffonné qu'il lissa et lut : Il parlait de la
dernière affaire que dont Madden s’était occupé en tant que membre de la police
de New York.
Alors qu'il était sur la piste d'un membre
influent du crime organisé, il avait commis la faute de laisser filer un jeune
revendeur de drogue, ce dernier avait aussitôt prévenu son boss qui en guise
d'avertissement avait fait incendier la maison des Madden le 15 mars 1927. Le
lieutenant, en planque ce soir là, en réchappa, mais ce ne fut pas le cas de sa
femme ni de leurs deux filles qui périrent dans le feu. Madden, fou de douleur
et de rage, avait aussitôt donné sa démission et avait disparu de la circulation
depuis.
- C'est donc cela qu'il était venu oublier, murmura Methos d'une voix inaudible.
Un tel secret et un tel sentiment de culpabilité. Methos connaissait bien la
chose. Il espéra qu'à présent Madden était en paix, où qu'il se trouve. Il fut
brusquement coupé dans ses réflexions par la voix marquée d'impatience de Johnny
:
- Bon on fait quoi ?
Methos jeta un œil à sa montre gousset et s'exclama :
- Eh bien, toi et moi on va à la gare !
Il se leva du bureau, attrapant au passage sa veste et son chapeau, avant de se
diriger vers la porte.
- Et lui, il ne vient pas ? fit Johnny en désignant Doyle qui, silencieux,
contemplait la rivière par la fenêtre.
- Non, il reste là ! ! Allez viens !
Une fois encore, Methos se mit au volant de la vieille Ford 37 que Madden avait
laissé à sa mort, et il roula jusqu'à la gare. Le train avait une vingtaine de
minutes de retard, chose fréquente. Lorsqu'il entra en gare, Methos observa avec
attention le flux des passagers qui descendaient du train. Il commençait à
s'inquiéter quand soudain une jeune femme blonde posa pied sur le quai. La
simplicité de son vêtement trahissait ses origines humbles, mais elle n'en était
pas moins superbe. Son port de tête altier et la blondeur vénitienne de ses
cheveux faisait d'elle une apparition angélique. Quelques taches de rousseur
parsemaient joliment son beau visage. Methos s'approcha, talonné par Johnny.
- Bonjour ! lança-t-il avec un sourire engageant.
Apparemment gênée, la jeune femme passa une main dans ses cheveux et lui demanda
d'une voix douce ce qu'il désirait.
Methos s'empressa de mettre au clair la situation, tout en l'arrangeant un peu à
sa sauce, et lui montra l'amulette. Elle la prit dans ses mains et sembla
aussitôt plus détendue. Elle accepta sans peine l'explication que Doyle avait du
s'absenter quelques temps du fait de son travail.
Alors que Methos parlait, son regard se fixa sur une affiche sur laquelle se
détachaient en caractères d'imprimerie trois lettres noires sur un fond gris :
D. R. R.
Les mêmes initiales que celles annotées sur la photo qu'il avait trouvé chez
Max, DRR pour " Detroit River Railway "…. Le nom de la companie de chemins de
fer ! Max avait donc donné rendez-vous ici à Una, restait à savoir pourquoi. Il
fallait absolument qu'il trouve une occasion de lui parler…
Ne pouvant ramener Ariadna avec lui au bureau, Methos la conduisit dans un hôtel
confortable où il lui prit une chambre. En la quittant, il entraperçut un des
hommes travaillant pour les Bernstein, mais n'en fut pas étonné, ayant parlé à
Johnny qui lui avait sciemment indiqué l'adresse de cet établissement détenu par
cette famille. La sécurité d'Ariadna n'en serait que mieux assurée le temps que
toute cette histoire se résolve.
Lorsque Methos rentra dans le bureau, Doyle - qui se morfondait dans sa solitude
- se leva vivement et vint à lui l'air fébrile :
- Alors ? demanda-t-il d'une voix tremblante.
- Elle est arrivée. Je lui ai trouvé un endroit tranquille.
- Oui… Mieux vaut attendre que tout soit réglé… Vous avez mis longtemps !
- Le train avait du retard… Mais cesse de te ronger les sangs ! Pour le moment
nous devons nous concentrer sur Zerilli et sur ce que ces chers Pourpres vont
bien pouvoir nous demander…
- Ah, oui, tu fais bien d'en parler ! On a eu un coup de fil.
- Tu as répondu ?
- Oui.
- C'est dangereux…
- Bon, ben c'est fait et c'était nos " amis ".
- Que voulaient-ils ?
- Nous mettre à contribution… Ils veulent qu'on donne un rendez vous dans un
coin précis à l'inspecteur Ness et qu'on lui raconte tout ce qu'on sait sur les
actes répréhensibles de Zerilli… D'après eux, cela contribuerait grandement à
affaiblir la Camorra que de l'entraîner dans une série de procès.
- Je trouve que ça sent très mauvais tout ça… Les Pourpres ne sont pas du genre
à utiliser l'arme judiciaire pour faire tomber leurs ennemis… Ca sent le piège à
plein nez !
- C'est ce que j'ai pensé… Alors on va refuser de le faire ?
- Non…
- Tu veux qu'on aille sciemment se jeter dans la gueule du loup ?
- Zerilli sera toujours une menace… Il est très malin et très puissant. Avec les
Pourpres on a une chance de se débarrasser de lui sans trop se fatiguer alors
autant en profiter…
- Alors on va jouer les appâts, c'est ça ?
- Oui je suis sûr que les Pourpres vont trouver un moyen pour que Zerilli
apprenne l'existence de notre petit rendez-vous clandestin et vienne nous
liquider…
- On risque gros !
- Pense tu ! On sait qu'on participe à un piège, mais eux ignorent que nous
savons que c'est un piège… On a un sacré avantage sur tout le monde ! ! Tu me
suis ?
- Euh, non, pas vraiment…
- Pas grave, fait ce que je te dis et ça ira !
- Ca ne me rassure pas tellement.
- Ah, c'est curieux ?! ironisa Methos. C'est pour quand le rendez-vous ?
- Vendredi soir, 22h, à proximité du vieux théâtre.
- Vingt-quatre heures. Ce qui nous laisse peu de temps…
- Peu de temps pour quoi ?
- Pour nous organiser… Et puis j'ai quelqu'un à aller voir.
- Qui ?
- Una Mae Carlisle.
- La star du Black Cat ? Fit Doyle en fronçant aussitôt les sourcils.
- Oui. J'ai fait une découverte importante qui pourrait se rattacher à Max.
Il lui montra la photo puis lui raconta sa découverte à la gare.

- Il faut que je sache ce qu'elle cache…
- Tu es bien certain qu'elle est liée à tout ça ?
- Oui, il m'a suffit de voir son regard quand j'ai prononcé le nom de Max et je
l'ai su.
- Comment vas-tu t'y prendre pour la rencontrer ?
- Johnny va m'aider. Il travaille au Black Cat et en connaît les moindres
recoins… J'en ai déjà parlé avec lui. Il connaît assez bien Una. Il est allée
lui parler. J'attends de savoir le résultat.
Cela ne tarda pas à venir. Johnny réapparut à 16h, l'air satisfait de lui-même.
- Elle a accepté de te rencontrer, mais j'ai dû sacrément insister ! ! ! Tu m'es
redevable maintenant !
- Je m'en souviendrai ! Allez dit moi tout !
- Elle est étroitement surveillée comme tu dois t'en douter. Ses moindres
déplacements sont contrôlés.
- Zerilli veille sur son étoile…
- Oui. Mais elle va souvent à l'église, elle est très croyante. Elle a demandé à
Zerilli d'être seule au moins là.
- Donc c'est là qu'on se rencontrera ?
- C'est bien là. Ce soir à 18h30. Tu dois t'y trouver le premier et attendre un
moment après son départ avant de ressortir.
- Très bien.
* * *
Cela faisait bientôt vingt minutes que methos était arrivé. Assis sur un banc,
il goûtait au silence et au calme qui semblaient absents du reste de cette
énorme cité tentaculaire. Una apparut. Elle alluma un cierge, et vint s'asseoir
à côté de lui, le saluant du regard avant de lui chuchoter :
- Qui êtes-vous ?
- Je m'appelle Benjamin Adams. Je suis un ami de Max…
- Benjamin… Oui il m'avait parlé de vous.
- Max ?
- Oui. Il disait que l'on pouvait vous faire confiance car vous étiez un homme
de cœur même si vous le cachiez au plus profond de vous…
Cette phrase, très belle, sortant de la bouche de cette femme au charme étrange
et incomparable, toucha Methos.
Una enleva ses gants blancs, et lissa un peu ses cheveux noirs.
- Que voulez-vous savoir ?
- Pourquoi Max a-t-il disparu ?
- C'est… de ma faute.
- Votre faute ?
- Max est mort pour moi.
Methos ne fut pas vraiment surpris de cette nouvelle à laquelle il s'était déjà
préparé plus ou moins, mais la façon directe dont elle lui fut annoncée le
toucha.
- Mort. Mais…
- Mr Adams… (Una se tourna vers Methos : ) Nous avions une liaison. Il est tombé
amoureux de moi, et j'ai fini par succomber moi aussi, même si je savais que ce
que nous faisions était complètement fou… Et dangereux.
- A cause de Zerilli ?
- Oui. Mais je ne me suis jamais sentie aussi libre qu'avec Max… Il voulait
m'épouser.
- Vous avez refusé… ?
- Il faut que vous compreniez… Je suis financièrement dépendante de Dante. Il
m'a crée… Avant lui je n'étais rien. Grâce à son argent, j'ai pu faire quitter
le Sud à ma famille et les installer dans une maison convenable. Ma mère est
très malade et j'ai une petite sœur qui va à l'école… Quant à mon père il a
disparu il y a des années… Je suis seule à pouvoir les protéger et Dante sait
qu'il peut faire pression sur moi en les utilisant… Il ne me laissera jamais
partir, pas vivante en tout cas. Il considère quasiment que je lui appartiens…
Mais Max a insisté, il m'a promis qu'il mettrait ma famille en sécurité et je
pense qu'il l'aurait fait s'il en avait eu le temps…
- Vous alliez donc vous enfuir secrètement avec lui ? fit Methos en sortant la
photo qu'il passa discrètement à Una.
- Oui. Fit-elle en la regardant avec nostalgie. On devait partir avec le train
ce jour là, mais il a disparu la veille et je n'ai plus jamais entendu parler de
lui depuis…
- Les choses ont du mal tourner, sans cela il ne m'aurait pas écrit.
- Je le pense aussi. Dante a dû découvrir nos projets et il l'a sans doute… tué.
Des larmes perlèrent le long de ses joues.
- Je veux qu'il paye pour tout le mal qu'il a fait ! s'exclama-t-elle avec
colère.
- Je ferai tout mon possible je vous le promet.
Methos regarda Una avec inquiétude :
- Mais promettez moi de ne rien faire de déraisonnable.
Una eut un sourire triste :
- Je vous remercie. Soyez sans crainte, je sais ce que je fais.
Puis ils quittèrent l'église l'un après l'autre.
Lorsque Methos rentra, Doyle l'accueillit en lui offrant une bière qu'il accepta
avec joie. Il lui raconta tout ce qui s'était passé et écouta Doyle expliquer
comment il avait téléphoné depuis une cabine au poste de police.
- J'ai dû attendre un bon bout de temps mais j'ai fini par avoir Ness au bout du
fil ! Quand je lui ai dit qu'on voulait témoigner contre Zerilli, il a failli
s'étouffer ! Et bien sûr quand je lui ai transmis nos conditions pour une
rencontre, il n'y a vu que du feu !
- Parfait. Tout se met en place comme prévu.
- Ben, je me demande un truc…
- Oui ?
- Ce policier est mortel… Il risque de mourir à cause de nous.
- Tout ira bien ne t'en fais pas !
- Si tu le dis…
Pendant ce temps là, à l'hôtel d'Ariadna.....
La jeune Irlandaise qui s'ennuyait dans sa chambre décida d'aller prendre un peu
l'air dehors. Préoccupée, elle ne fit pas attention aux deux hommes qui
l'approchèrent. Ce ne fut qu'au dernier instant qu'elle les remarqua, lorsque
l'un d'eux l'attrapa et lui plaqua sa main sur la bouche pour l'empêcher de
crier avant de la jeter sans ménagement dans un coffre.
* * *
Deux jours plus tard…
Methos et Doyle attendaient au point de rencontre. L'endroit, abandonné depuis
des lustres, semblait désertique. Pourtant, selon toute logique, des types
devaient se cacher aux alentours. Une voiture noire fit son apparition. Ness
était dedans et Methos, mains dans les poches, s'attendait à le voir descendre,
tout comme Doyle qui semblait anxieux. Mais ce ne fut pas le cas : Il ralentit
mais continua à avancer. Puis, il fit un signe aux deux immortels leur demandant
d'approcher. Perplexe, Methos avança, luttant contre le vent froid qui lui
arrivait sur le visage. Doyle le suivit sans une parole. Le vieil immortel se
pencha vers le conducteur. Ce dernier lui dit d'une voix pressée :
- Montez ! La situation a changé, je ne peux pas rester ici.
- Comment ça ?
- J'ai reçu une lettre d'une autre personne qui veut témoigner contre Dante
Zerilli. Elle m'a donné un rendez-vous et je vais le rater si vous ne vous
décidez pas à monter ! Nous parlerons en route et je vous laisserai juste avant
d'arriver là-bas.
- Où ? Et qui est cet informateur.
- La lettre était anonyme. Mais il doit s'agir d'un de ses employés.
- Qu'est-ce qui vous fait dire ça ? demanda Doyle.
- Le lieu de rendez-vous ! Le Black Cat !
- Comment allez vous y entrer ?
- J'ai des instructions précises dans la lettre que j'ai reçue.
Sentant que les choses tournaient mal et qu'ils n'avaient plus rien à perdre,
Methos et Doyle grimpèrent dans l'auto de l'inspecteur Ness qui démarra sur les
chapeaux de roues.
- Nous venons avec vous ! fit Methos d'une voix décidée.
- Impossible. La personne indique qu'elle ne me parlera que si je suis seul !
- Je crois connaître votre informateur et je dois lui parler !
Methos eut beaucoup de mal à convaincre Ness qui semblait être un homme
inflexible, mais il y parvint.
Il se gara le long du fleuve et les trois hommes montèrent la colline dans
l'ombre de la nuit. Au loin des lumières et des bruits de voix indiquaient que
la fête battait son plein. Pénétrer dans le sous-sol du bâtiment s'avéra facile
grâce aux informations contenues dans la lettre. Trouver l'endroit précis où les
attendait cet informateur fut un peu plus délicat dans ce dédale de couloirs,
d'impasses et de portes. Il s'agissait d'un vaste hangar rempli de caisses
énormes et de fûts d'alcool empilés les uns sur les autres, jusqu'à former une
muraille. Sur des grandes tables reposait tout un matériel de tubes et
d'éprouvettes relié à de grandes cuves remplies elles aussi d'alcool concentré.
- La distillerie d'alcool du Club et sa réserve, fit Doyle, j'en avais déjà
entendu parler mais je n'aurais jamais imaginé que c'était si important !
- Cet endroit est un vrai labyrinthe, ajouta Ness.
Une ombre se profila au loin. Hésitante, elle finit par approcher.
- Una, murmura Methos.
L'ombre se figea un instant, puis elle se rapprocha. Le visage de la jeune
chanteuse se dessina dans la lumière. Elle semblait partagée entre honte et
désarroi, comme une enfant qui se fait prendre sur le fait quand elle commet une
bêtise.
- Que faîtes vous là ? demanda-t-elle.
- Un coup de chance.
- Bonjour, je suis l'inspecteur Eliot Ness. Nous devons parler de qui vous
savez. Faites comme si ces deux là n'étaient pas là.
- Elle n'a rien à vous dire, trancha Méthos.
- Mais… protesta Una.
Methos l'attrapa par le bras et l'attira à l'écart pour lui parler :
- Vous m'aviez promis !
- Je sais mais… Je ne pouvais rester sans rien faire ! La nuit m'a fait
réfléchir…
- Vous devez partir ! Vous êtes en danger avec nous.
- Hé, laissez là ! ! protesta Ness. Elle est libre de ses actes !
- Vous ne vous intéressez qu'à Zerilli et vous vous fichez bien de ce qu'il peut
lui faire, ou encore de ce qu'il a pu faire à mon ami, Max Owen ! !
- Max Owen… Mais c'était notre informateur ! ! !
- Comment ?
- Le témoin qui a disparu s'appelait Max Owen.
- Oh mon Dieu, fit Una.
- C'est terrible…
- Oui mais ça c'est pire ! fit Doyle en tendant le bras devant lui.
Methos, Una et Ness tournèrent la tête et découvrirent Dante Zerilli, l'air
détaché, qui contemplait la petite assemblée.
- Alors chers amis, vous appréciez ma distillerie ? (puis s'adressant à Una : )
Ma chérie, tu me déçoit beaucoup je dois dire ! Je m'attendais à davantage de
reconnaissance de ta part étant donné tout ce que tu me dois ! Sans moi tu
serais encore dans ton trou à rats !!!!!
- Tu as assassiné Max !!! s'écria Una d'une voix furieuse, presque
incontrôlable.
- Lui et beaucoup d'autres !!!! Mais cela ne serait pas arrivé s'il ne s'était
pas mêlé de mes affaires !
- Tout comme nous, fit Methos.
- Exact… ah au fait, Doyle je voulais te féliciter… Ta fiancée est tout
simplement exquise !
Methos du retenir Doyle pour qu'il ne se jette pas sur Zerilli.
- Que lui avez-vous fait… ? ? ! ! !
- Rien, pour l'instant… Mes hommes l'ont simplement mise dans un lieu plus sûr….
Mais il faut dire que tu m'as sérieusement énervé ! ! Pactiser ainsi avec les
Pourpres, mes pires ennemis, je ne te croyais pas capable de cela !
- Vous n'avez encore rien vu !
- Toi non plus je crois !
Soudain, Zerilli sortit une mitraillette et tira avec la rapidité de l'éclair.
Il blessa Ness à l'épaule droite. Bien que perdant pas mal de sang, celui-ci
sortit son arme et répliqua, avant d'entraîner les autres derrière des caisses
où ils se cachèrent. Les coups de feu se succédèrent. Methos risqua un œil :
Zerilli semblait sur les nerfs. Deux de ses hommes se tenaient derrière lui.
Doyle fulminait lui aussi.
- Bat toi en homme ! hurla-t-il soudain.
Zerilli laissa tomber sa mitraillette et plongea sa main dans sa veste. Il en
retira une longue épée.
- Je suis prêt ! ! Fit l'Italien. Approche donc si tu l'oses !
Doyle eut un regard lourd de sens pour Methos. Ce dernier lui tendit sa propre
épée en murmurant :
- Bonne chance…
Et Doyle se lança dans le combat.
Methos s'inquiéta de la présence de tous ces mortels. Ness était à moitié dans
les vapes, mais ce n'était pas le cas d'Una qui paraissait pétrifiée par ce qui
se déroulait sous ses yeux.
Doyle se débrouillait pas mal pour un petit jeune, esquivant les coups de
Zerilli et lançant de jolies attaques. Sa colère l'aidait sans doute. De toute
manière, Zerilli aussi était un jeune. D'après certaines sources, il devait être
mort dans les années 20, victime de l'une des nombreuses tentatives de meurtres
qui l'avait visé. Depuis, il n'avait cessé de gagner en puissance, jouant de ce
nouvel atout.
Mais la situation s'inversa progressivement. Zerilli semblait gagner en
assurance. Doyle semblait en difficulté. La situation était plutôt mauvaise
quand se produisit une chose inattendue : Alors que Zerilli essayait de frapper
Doyle, sa lame glissa le long d'un tuyau métallique. Le frottement des deux
métaux produisit une étincelle qui fut suffisante pour enflammer un tas de
cordes et de tissus qui se trouvait à proximité. Les deux hommes ne cessèrent
pas de se battre pour autant. Le feu se propagea rapidement dans le hangar,
attisé par les nombreuses matières inflammables qui traînaient là, et par la
peinture des murs, véritable accélérateur. La température montait, le feu
gagnait d'autres hangars et d'autres étages. Conscient qu'une catastrophe était
imminente, Methos cria à Una de sortir de là, et prit Ness sur son dos pour le
faire sortir au plus vite de cet enfer. De hautes flammes couraient sur les murs
. Bientôt, un fût, rongé par le feu, céda, laissant s'écouler tout l'alcool
qu'il contenait. Le feu progressa de plus belle. Les hommes de Zerilli sortirent
rapidement tandis que ce dernier se battait toujours contre Doyle.
Ariadna était désespérée. Elle avait fait le tour de l'espèce de cachot où on
l'avait jetée mais n'avait rien découvert qui puisse l'aider à découvrir où elle
se trouvait, ni pourquoi on l'avait mise là… A court d'idée, elle s'était assise
par terre, adossée au mur. Au bout d'un moment, elle ressentit un curieux
picotement dans sa gorge. Elle appela le gardien, mais nul ne répondit. La fumée
qui commença à s'infiltrer par les bouches d'aération l'inquiéta. Elle se leva
et tambourina à la porte. Personne ne semblait l'entendre. Quand la fumée
commença à arriver par l'espace située en dessous la porte, elle se mit
sérieusement à paniquer.
- Doyle, où es-tu ? murmura-t-elle avec des larmes dans la voix.
Elle tenta maladroitement d'enfoncer la porte avec son épaule mais ne parvint
qu'à se faire mal. Elle eut soudain une idée : elle retira une épingle de sa
coiffure, et l'utilisa pour forcer la serrure. Après de longues minutes de
trifouillage, et alors qu'elle commençait à étouffer, la serrure céda et la
porte s'ouvrit sur la liberté. Elle erra un moment dans les couloirs, égarée par
la fumée. Elle pénétra dans un vaste hangar et vit le feu. Elle s'apprêtait à
rebrousser chemin quand elle aperçut une forme humaine immobile. Une jeune femme
noire qui semblait pétrifiée.
Doyle sentait ses forces faiblir. Soudain Zerilli sortit une arme qu'il avait
gardé cachée et il le visa. Le coup de feu partit. Doyle l'esquiva de justesse.
Mais il ne put rien faire quand l'Italien se tourna vers Una et qu'il l'abattit.
- Je ne resterai pas prisonnier de cet enfer ! ! s'écria Zerilli et il jeta
l'arme à la figure de Doyle qui l'attrapa.
Puis Zerilli disparut.
Doyle s'approcha et ne pu que constater avec tristesse qu'il n'y avait plus rien
à faire pour Una.
Ariadna avait sursauté en entendant résonner les 2 coups de feu.
Mais lorsqu'elle vit s'écrouler la jeune femme, puis Doyle, son fiancée, sortir
de derrière les caisses une arme à la main, elle crut mourir ! Doyle avait tué
cette innocente ! !
Alors qu'il s'apprêtait à ficher le camp d'ici, Doyle se figea : il venait
d'apercevoir Ariadna ! Fou de joie, il se leva et se dirigea vers elle. Mais
l'expression de son visage le troubla.
Quand elle comprit qu'il l'avait vu, elle prit la fuite. Doyle, inquiet pour
elle la suivit. Mais Ariadna, perturbée par ce qu'elle avait vu, progressait
sans regarder où elle mettait les pieds. Le feu se déchaînait un peu partout.
Soudain une poutre enflammée lui tomba dessus…
Doyle hurla son nom. Il s'apprêtait à se jeter à son secours, mais en fut
empêché par Methos qui était revenu s'assurer qu'il n'y avait plus personne,
après avoir mis en marche l'alarme rudimentaire. Il avait assisté à l'accident,
et fit comprendre à Doyle qu'il n'y avait plus rien à faire. Il dut presque
employer la force pour le faire sortir de ce brasier.
Le " Black Cat " brûla entièrement ce soir là. ce fut l'un des incendies les
plus important qu'eut à combattre la ville dans ces années là. Le feu, visible
sur des kilomètres, se poursuivit toute la nuit et tout le jour suivant, ne
laissant que des cendres derrière lui. Cendres que le vent se hâta de disperser…
En mémoire d'Ariadna, De Max et d'Una, Doyle témoigna contre Zerilli et la
Camorra qu'il contribua à faire tomber. On ne revit jamais le chef du clan et on
en conclut qu'il était mort cette nuit là. Doyle et Methos savaient que ce
n'était pas vrai.
Les deux immortels parvinrent à convaincre Johnny de rentrer chez lui. Alors que
le train s'apprêtait à partir, il avait baissé la vitre et leur avait lançé :
- N'empêche, c'est ici que je deviendrai célèbre !
Un sifflement. Le train partit…
Johnny, - John Lee Hooker de son vrai nom - rencontrerait le succès quelques
années plus tard ici même…
Puis ce fut au tour de Doyle de partir : il devait se construire une nouvelle
vie et appréhender son immortalité. Methos l'aida à trouver un maître qui vivait
dans un coin reculé de l'Asie.
Methos, lui, décida de rester un peu aux Etats-Unis. Après avoir enterré
dignement Max, -Julian Bernstein ayant respecté sa promesse de le retrouver- il
partit pour Seattle où il vécut un an. C'est là, en 1931, qu'il apprit la
désagrégation complète du clan des Pourpres, victime de ses tensions internes,
suite au massacre du manoir de Collingwood d'une fraction dissidente du gang. Le
témoignage d'un des membres, Sol Levine, fit tomber les plus gros dirigeants. Le
reste du clan ne survécut pas longtemps.
* * *
Paris, 1992
Penchée au dessus de son café, Ariadna semblait perdue.
- Jusqu'à il y a peu, j'ignorais que tu étais une immortelle toi aussi, acheva
Doyle . Si je l'avais su, tout aurait pu être différent.
- C'est vrai, murmura-t-elle d'une voix lointaine.
- Ca va ? demanda Doyle inquiet.
- Je... j'ai besoin de prendre l'air.
- Allons sur les quais, fit Doyle.
- Je peux vous laisser, proposa Methos.
- Non… Restez. J'ai des questions à vous poser, le retint Ariadna.
De retour sur les quais, ils marchèrent un peu. Arrivés près d'un pont, ils
firent une pause et s'assirent sur un banc.
Le portable d'Ariadna sonna et elle s'éloigna un instant pour répondre. Quant
elle revint, elle était très pâle. Elle se rassit.
- Tu… Tu n'as donc pas tué cette femme ? demanda-t-elle brusquement à Doyle.
- Je te jure que non…
- Et tu m'aimes encore ?
- Jamais je n'ai cessé de t'aimer ou de penser à toi.
Elle sembla sensible à ces paroles.
Soudain elle attrapa Doyle par le poignet et lui avoua d'une voix tremblante et
éraillée :
- Il faut que tu partes, il faut que vous partiez tous les deux d'ici, très vite
!
- Pourquoi ? demanda Doyle.
- Il m'utilise pour vous piéger… Il va vous tuer tous les deux… ! ! !
- Mais qui mon ange ?
- Zerilli voyons !
Son regard exprimait ses regrets et sa peur.
Un buzz se fit ressentir.
- Ne jamais faire confiance aux femmes, c'est une chose que je n'oublierai pas
de si tôt ! s'exclama une voix masculine avec un accent ironique.
Dante Zerilli se tenait sur le quai. Toujours aussi bel homme, sombre et
vénéneux, il tenait une épée à la main.
- Elles sont si belles qu'on finit toujours par succomber à leur charme et qu'on
oublie combien elles sont changeantes !
Il s'approcha encore.
- Vous avez détruit toutes mes espérances mes amis, maintenant je viens vous
rendre la pareille et vous prendre la vie en retour !
Doyle sortit son épée :
- On a un combat à finir si je ne me trompe pas ?
- Tu veux être le premier ? Très bien !
Et le combat commença sous le ciel noir de Paris. Les réverbères éclairaient
avec difficulté les deux ombres humaines et leur étrange ballet… Ils finirent
par se retrouver au beau milieu du grand pont métallique, luttant lame contre
lame. Doyle, ayant mis à profit son enseignement, était devenu une fine lame. Il
n'eut aucun mal à éviter et même à deviner toutes les attaques de Zerilli.
Voyant qu'il était en mauvaise posture, l'ex-mafieux préféra filer à l'anglaise
en sautant dans la Seine, juste après avoir maugrée :
- On se reverra !
Doyle retourna auprès de Methos et d'Ariadna. Cette dernière, se sentant
coupable, ne chercha pas à se justifier par elle-même.
- Si tu veux ma tête après ça je te comprendrai et je ne t'en empêcherai pas, se
contenta-t-elle de dire.
- Ne dis donc pas de bêtises ! Tout ce que je veux c'est savoir pourquoi tu as
fait ça ?
- Je… J'ignorais tout de la vérité… Dante m'a retrouvé après que la poutre me
soit tombée dessus. J'étais morte sur le coup. Il m'a sortie de cette fournaise
et il m'a soigné après mon " réveil ". Il m'a tout appris sur l'immortalité et
il est devenu mon maître… Il m'a dit que vous aviez tué cette jeune femme et
essayé de le tuer… Et je l'ai cru. Quelle idiote j'ai été ! Je vous supplie de
me pardonner si vous le pouvez…
- On n'a rien à te pardonner…. Tu es une victime toi aussi.
Methos, préférant les laisser seul à seul, s'éloigna discrètement.

- Je t'ai toujours aimé Doyle… Et je t'aime encore. Pourra-t-il jamais y avoir
de nouveau quelque chose entre nous deux ?
- … Je… C'est tellement rapide…
- Je comprends, fit Ariadna en baissant la tête pour cacher ses pleurs.
- Oui.
Elle releva la tête, doutant de ce qu'elle venait d'entendre :
- Pardon ?
- Oui, il pourrait y avoir de nouveau quelque chose entre nous deux, oui je
t'aime encore et toujours… Oui je veux t'épouser et qu'on rentre en Irlande si
c'est ce que tu veux toi aussi.
- Je ne rêve que de cela.
Methos, au loin, vit le jeune couple d'immortels s'enlacer et s'embrasser avec
douceur. Il s'éloigna dans la nuit sans se retourner, un sourire aux lèvres...
FIN