EPISODE 3
Vengeance
Auteur : Senara
Email : jonespel@tiscali.fr
Disclaimer : Le personnage de Methos appartient à Widen/Rysher/Panzer/Davis
et je me permets humblement de l'utiliser sans aucune contribution pécuniaire...
L’Immortelle Senara Zibelstein m’appartient de toutes pièces, puisque
directement sortie de mon esprit détraqué... Je lui ai prêté les traits de Kate
Beckinsale, qui elle ne m’appartient pas ! Je me suis juste permis d’apporter
quelques modifications à son apparence physique pour qu’elle corresponde à mon
personnage (résultat somme toute très charmant, d’ailleurs). Valentin Kelvin et
Jürgen Kaiser sont également mes créations.
Résumé : Methos retrouve une vieille amie et
lui apporte son aide pour assouvir sa vengeance, promettant de ne pas
intervenir... Mais comment respecter les règles quand ceux que l’on aime sont en
danger ?
Avec :
Senara Zibelstein : Kate Beckinsale

Jürgen Kaiser : Kevin McKidd

Valentin Kelvin
: Gabriel Byrne
1994, Paris, France
Il doit être dans les neuf heures, et Methos en est déjà à sa troisième bière de
la journée.
Il devrait - non, il doit se mettre au travail, mais la motivation lui manque...
comme souvent ces derniers temps.
Même les immortels sont parfois mélancoliques, songea-t-il.
Puis finalement, il se décide, termine rapidement sa bouteille, et quitte
lentement sa chaise, en s'étirant longuement.
Il doit se rendre chez quelqu'un, aujourd'hui, quelqu'un de spécial : mission
temporaire donnée par l'organisation des Guetteurs. Il devait mettre de côté
pour un temps ses recherches sur ... sur lui même, en fait. A cette pensée, il
esquissa un sourire.
Si Methos rechignait tant à se mettre à cette mission, c'est que la personne
qu'on lui avait assignée en surveillance, pour "mise à jour des archives", n'est
pas une inconnue.
Il marchait d'un pas nonchalant sur le
boulevard encombré par la circulation. Sa seule préoccupation pour l'instant
consistait à éviter les innombrables déjections canines qui ornaient le
trottoir. Un vent froid s'engouffrait sous son manteau, et il frissonna en
remontant le col roulé de son pull de laine beige et en refermant les boutons de
sa longue veste noire.
Le doyen des immortels savait parfaitement
où il devait se rendre : dans la poche de son pantalon noir se trouvait pliée en
quatre la note qui lui avait été remise pas ses supérieurs, indiquant l'adresse
de l'immortelle qu'il devait observer pendant quelques temps.
La première règle des Guetteurs : ne jamais
interférer.
Mais comment observer l'un de ses semblables
sans se faire repérer, à moins de le faire avec des jumelles ? Ce petit "détail"
lui causait déjà des soucis, alors qu'il ne l'avait même pas encore rencontrée.
De toute manière, cette fois-ci, il ne pourrait pas faire autrement que de
l'aborder, car de toute façon, elle sentirait sa présence, et ça la mettrait
sans aucun doute en colère... Et Methos savait qu'elle était loin d'être
agréable quand elle était en colère ! Il soupira.
Ses pas l'avaient finalement conduit devant
une grande bâtisse, dans une petite rue parallèle, tranquille, fleurie et pleine
de petits commerces attrayants.
Il gravit les quelques marches qui menaient à la grande porte d'entrée d'un bois
sombre, et avisant l'interphone, il enfonça la touche correspondant à
l'appartement de sa nouvelle "mission". Senara Zibelstein.
Il ne se passa rien pendant un instant, puis
l'interphone crépita, et une voix féminine, légèrement enrouée, répondit à
l'appel.
- Quoi ?
- euh... bonjour mademoiselle. Est-ce que je pourrais rentrer ?
- Qui êtes-vous ? La voix n'était pas très accueillante, et Methos en conclut
qu'il ne valait mieux pas la faire tourner en bourrique pour le moment.
- Adam Pierson.
Il y eu un temps mort.
- Qu'est ce que tu veux ?
- Je te l'ai dit ! Rentrer !
- Non.
Il entendit le clic d'un téléphone que l'on raccroche, et il soupira de plus
belle. Décidément, ça commençait bien...
Methos ne se découragea pas, et appuya de
nouveau sur le bouton.
Cette fois-ci, la voix était nettement plus impatiente.
- Inutile d'insister, Adam... Mon frigo est vide, alors va te saouler ailleurs,
d'accord ?
- Je ne viens pas pour ça. Quoi que réflexion faite, il est malgré tout dommage
que tu sois en rupture de bière... c'est pas sympa, ça...
- Qu'est ce que tu veux réellement ?
- Remplir mes fiches.
Il y eu un nouveau temps mort, puis
finalement, l'imposante porte d'entrée émit un grésillement et s'entrouvrit.
Methos afficha un sourire de vainqueur, et
pénétra dans l'immeuble.
Il lui fallu gravir les 3 étages qui le menait à l'appartement de l'immortelle,
et après avoir monté une cinquantaine de marches d'un beau marbre gris, il
s'octroya une courte pause sur le pallier pour reprendre son souffle. Et dire
que pour le soulager de cette épreuve, l'ingrate n'avait même pas une bière à
lui offrir !
Il franchit les quelques mètres du couloir
pour se planter devant la porte d'entrée blanche, et il frappa.
- entre !
Il s'exécuta, et poussa la porte.
L'intérieur de l'appartement était très
lumineux, grâce à d'immenses fenêtres qui donnaient sur la rue animée. Le
parquet du sol gémit quand il posa le pied dessus, et il entra un peu plus.
Les plafond était très hauts, au moins trois mètres cinquante (comme c'était
souvent le cas dans ces vieux immeubles bourgeois), et il y avait de grandes
plantes vertes, ficus, yuccas, lierres, qui selon leur nature, montaient ou
retombaient ; elle adorait la verdure, et cela se voyait.
Comme il ne la voyait pas, Methos se résigna
à s'asseoir sur l'un des tabourets de bar de la cuisine américaine, et s'accouda
au zinc patiné.
Il entendit le bruit d'une porte s'ouvrir derrière lui et se retourna. elle
sortait de sa chambre et venait de rentrer dans le salon.
- Bonjour, Methos.
- Salut, Senara. Alors, quoi de neuf ?
- Pas grand chose, répondit-elle en soupirant. Elle se laissa tomber dans le
moelleux canapé de velours d'un rouge brique, étirant ses longues jambes pour
les poser sur la table basse en verre.
- Alors, dit-elle, qu'est ce qui me vaut l'honneur de ta visite après deux ans
de silence, mon vieil ami ? A son ton sarcastique, Methos en jugea, parce qu'il
la connaissait depuis longtemps, qu'elle était enfin ouverte au dialogue.
Il descendit de son tabouret, et alla sans un mot ouvrir la porte du frigo, et
afficha une mine satisfaite lorsqu'il en sortit, triomphant, une canette de
bière.
- Sale petite menteuse, va !
Senara soupira et leva les yeux au ciel. Methos vint s'asseoir face à elle, dans
un grand fauteuil du même style que le canapé.
- En fait... tu le sais, je travaille pour les Guetteurs.
- Si les souris savaient que le chat était à leurs côtés ! S’esclaffa-t-elle.
Senara faisait partie de cette poignée d'immortels au courant de l'existence de
l'organisation.
Il sourit.
- Et tu te surveilles toujours toi même ? Il acquiesça. Et bien, que ça doit
être un travail de recherche éreintant !
- En fait, si je suis venu te voir, c'est parce que l'on me l'a demandé,
répondit-il en buvant une gorgée. Elle fronça les sourcils, et il précisa.
- Tu ne t'ai jamais opposée à ce que les guetteurs te surveille, non ? Sinon, tu
aurais déjà disparue de la circulation. Et bien aujourd'hui, comme cela fait
deux ans que ton guetteur a été affecté sur quelqu'un d'autre, et bien je dois
mettre les archives à jour.
Senara afficha un air songeur.
- Tu n'as qu'à dire à ces petites fouines que depuis la dernière fois, je n'ai
rien fait de nouveau. Je n'ai même pas pris une tête. Tu n'as qu'à mettre "R.A.S".
Mais au fait... comment se fait-il que tu sois là à me poser cette question ?
Les Guetteurs ne sont-ils pas censés ne pas intervenir ?
- J'aurais eu du mal à rester collé à tes semelles sans que tu t'en aperçoives !
Et l'observation aux jumelles, ce n’est pas mon truc.
Elle rit, d'un rire claire et amusé. Methos
se relâcha. Il avait réussi à la mettre de bonne humeur, c'était déjà ça.
Elle se leva et se dirigea vers le frigo.
- Tu me donnes cinq minutes pour me faire un casse-croûte ? J’ai pas encore
mangé ce matin.
Il fit un signe de la tête, et tandis
qu'elle étalait divers aliments sur le bar pour en faire un sandwich, il en
profita pour l'observer à la dérobée.
Elle ne faisait guère plus d'un mètre
soixante, mais ses longues et fines jambes lui donnaient l'air d'être plus
grande qu'elle ne l'était en réalité. En fait, il émanait de cette femme un
sentiment... étrange, c'était le mot. Mais c'était une belle femme.
Elle avait la peau mate, des yeux d'un vert profonds, et surtout une imposante
cascade de cheveux roux foncés, d'une belle couleur auburn, qui surprenait avec
la teinte de sa peau. Elle prétendait que son apparence qui attirait l'oeil
aujourd'hui était des plus banale pour son peuple, depuis longtemps éteint.
C'est vrai que même si on ne lui donnait pas plus d'une vingtaine d'années, elle
avait déjà de nombreux siècles derrière elle... Elle en avait déjà pas mal la
première fois qu'il l'a rencontré, d'ailleurs...
422, Lutèce (actuelle Paris), Gaule,
Empire romain d'Occident
Methos se promenait dans les rues de Lutèce, capitale des Parisii, ce peuple
gaulois soumis par les légions de César plus de quatre siècles auparavant. La
cité n'était plus du tout la même aujourd'hui ; métropole gallo-romaine, elle
jouissait de tous ce qui faisait le raffinement de l'Empire : cirques, bains,
forum...
Pourtant, ces dernières années, la région
était de plus souvent en proie aux menaces barbares venues de l'Est ; les
peuplades Franques, burgondes et surtout les terrifiants Huns semaient le
désordre dans tout l'Empire... La scission entre l'Occident et l'Orient n'avait
rien arrangé.
Ces derniers temps, l'Empire romain d'Occident changeait d'empereur tous les
ans, ou presque... coup d'état, assassinant, révoltes... Décidément, il ne
faisait plus aussi bon vivre par ici... Methos songea qu'il serait temps de
reprendre la route à la découverte (ou la redécouverte) d'autres régions du
monde.
Mais pour le moment, il était à Lutèce,
donc, écoutant d'une oreille distraite le marchand qui lui vantait la robustesse
de la paenula grise qu'il tenait dans les mains, le manteau sans manches du
voyageur.
Le gaulois avait presque réussi à le
convaincre à force de palabres, quand soudain, le bourdonnement si familier
résonna entre ses oreilles.
Methos se redressa, et entreprit de fouiller la foule du regard.
Personne ne semblait faire attention à lui, chacun vaquant à ses occupations. Il
regarda de toute part, et finalement, ses yeux se posèrent sur une ravissante
jeune fille rousse accompagné d'un immense blond. Son attitude, bien que
discrète, lui révéla la vérité : l'immortel dont il venait de sentir la présence
était une immortelle, et elle aussi le cherchait.
Elle ne l'avait pas encore trouvé, et son
visage affichait angoisse et inquiétude. Elle devait être une jeune immortelle.
Comme elle n'avait pas l'air hostile, ni même armée, il s'avança jusqu'à elle.
La jeune femme continuait de scruter les passants à la recherche de l'Autre,
mais comme elle ne regardait pas devant elle, Methos se planta sur son chemin et
elle lui rentra dedans. Elle bafouilla, puis se tu soudain, car elle venait de
réaliser que la personne qu'elle venait de bousculer était celle qu'elle
recherchait avec inquiétude...
Elle se décida enfin à relever la tête,
offrant son visage d'elfe aux traits fins et à la peau mate, plein d'angoisse.
Il rit.
- Et bien, dit-il d'un ton le plus joyeux possible, regarde donc où tu marche !
Elle rougit et le géant derrière s'approcha, l'air menaçant.
- As-tu un problème, étranger ? Il avait un fort accent germanique.
- Mais pas le moindre... Je te prie de m'excuser pour t'avoir bousculé,
charmante inconnue !
La jeune femme retint le géant germain d'un bras, et répondit à Methos.
- Ce n'est rien. J'aurais du faire plus attention. Sa voix était douce et comme
enrouée, ce qui rajoutait à son charme si étrange.
Methos se pencha à son oreille.
- Je n'ai pas de mauvaises intentions, sauf si tu m'y obliges... Puis-je
t'offrir à boire ce soir, pour me faire pardonner ?
A ce moment, le barbare, se doutant de quelque chose, attrapa la jeune femme par
le bras.
- Nous devons rentrer, jeune suivante. La Domina va s'impatienter.
Elle acquiesça d'un signe de tête, et fit demi-tour, non sans lui avoir adressé
un geste de la main, signifiant à Methos son accord.
Le soir même, au même endroit, Methos attendait la jeune femme. Il l'a vit enfin
arriver, et constata qu'elle ne portait plus la ravissante robe vert d'eau du
matin : elle avait revêtue des braies d'un rouge sombre serrées aux chevilles
par des cordons de cuir et une tunique noire attachée à la taille par une
ceinture, à laquelle était accrochée une lourde épée de style breton. Elle avait
noué son abondante chevelure rousse en un chignon lâche d'où s'échappaient
quelques mèches, encadrant son visage d'elfe.
Elle se planta devant lui, et posa
négligemment la main sur le pommeau de son épée.
- alors ? Avant que tu m’offres à boire, j'aimerais bien savoir qui tu es !
- Je suis Methos. Tu peux ranger ton épée, je te l'ai dit, je ne veux pas de
mal. Mais si tu insistes... acheva-t-il en écartant un pan de sa paenula pour
poser à son tour la main sur son épée. elle releva la tête et le regarda dans
les yeux.
- Je m'appelle Senara.
Ils allèrent ensuite boire une cervoise dans une auberge de voyageur toute
proche, et y restèrent jusque tard dans la soirée, faisant connaissance.
La jeune femme était en réalité bien plus âgée que Methos ne l'aurait imaginé :
elle avait près de mille cinq cent ans, et était venue au monde sur les côtes du
Pays de Galles.
Ils se séparèrent alors que la lune était
déjà haute dans le ciel. Senara avait refusé que Methos la raccompagne jusqu'à
la villa où elle vivait, en tant que dame de compagnie d'une vieille matrone
massaliote, sous prétexte qu'elle n'aurait aucun mal à se défendre si jamais
elle se faisait attaquer par des maraudeurs...
Il éclata de rire et elle aussi, mais
soudain ils stoppèrent net ; tous les deux venait de sentir le bourdonnement
dans leur tête, annonçant la présence d'un autre immortel.
Methos posa la main sur le pommeau de son
épée et fouilla la nuit, faiblement éclairée par les lueurs de la ville. Senara
fit de même.
Et puis, ils le virent.
C'était un homme d'un certain âge, un noble à en juger à ses habits. Il s'avança
tranquillement jusqu'à eux, mais il conserva une distance de sécurité.
Methos ne l'avait jamais vu, mais au juron
que poussa Senara, il su que sa compagne le connaissait.
- Valentinus...
- Bonsoir ma belle, répondit l'autre. Il s'avança un peu plus, et Methos pu
mieux le voir.
C'était un homme d'une cinquantaine d'années (du moins, ça devait être l'âge
qu'il avait lorsqu'il est mort pour la première fois), aux cheveux très noirs et
abondants.
Il tenait un glaive romain à la lame plus
allongée que d'ordinaire pour ce style d'arme, et il la pointa en direction de
Senara.
- Cette fois-ci, tu ne feras pas comme la dernière fois... Non, tu n'auras pas
la chance que tu as eue déjà une fois. Tu ne m'échapperas pas.
Methos vit sa jeune amie trembler de colère
(ou de peur) et serrer les dents. Sa main se crispa sur le pommeau de sa lame.
- Qui est-ce ? Lui demanda-t-il
- Un cauchemar... murmura-t-elle d'une voix blanche. Valentinus Aurélianus,
soldat de Rome, du temps où il n'y avait encore qu'un seul empire...
Il dirigeait une légion en Asie Mineure... je vivais dans un village de pêcheurs
depuis plusieurs années déjà. C'étaient de braves gens qui luttaient de leur
mieux pour résister à Rome. Alors, les romains ont envoyé un bataillon de
soldats, et ils ont détruit mon village. Ils ont tué les hommes, les enfants,
les femmes... oh, bien sûr, pas avant de les avoir violées... Valentinus m'avait
gardé pour lui. je lui ai planté mon épée dans le ventre et je me suis sauvée.
Comment j'aurais pu savoir qu'il était l'un des nôtres ?
Valentinus émis un rire sonore, puis
soudainement, poussa un rugissement et se jeta sur elle.
Methos, surpris, recula. Même si l'envie
d'aider sa nouvelle amie se faisait forte, il n'en avait pas le droit...
Senara se défendait bien, et elle affronta vaillamment son adversaire. Mais
l'homme était un soldat de Rome, entraîné à tuer ; il finit par prendre le
dessus. Methos serra les dents, mais fut soulagé un bref instant ; Senara venait
de se relever et d'esquiver l'épée lancée à la rencontre de son cou.
Elle effectua un demi-tour sur elle-même tout en évitant une nouvelle attaque,
et enfonça son épée dans le ventre de son ennemi.
Valentinus grimaça, et tomba à genoux en
jurant. Senara reprit son souffle, et s'apprêtait à donner le coup de grâce,
quand Valentinus poussa un cri bref.
Methos et Senara virent surgir des buissons
alentours trois hommes, qui, menaçant les deux immortels, se saisirent du
romain, toujours à terre, le hissèrent sur un cheval et partirent au galop.
Methos les vit s'éloigner sans mot dire, et
se retourna vers Senara. Des gouttes perlaient à son front, et elle poussa un
long juron dans une langue que Methos ne connaissait pas - du gaëlique, sans
doute.
- Je jure que je te retrouverais, Valentinus Aurélianus ! Et la prochaine fois,
tu seras seul, espèce de lâche, gronda-t-elle.
Methos lui posa la main sur l'épaule, et
elle se mit à pleurer.
1994, Paris, France
Methos sortit de ses pensées. Senara venait d'achever son sandwich et mordait
dedans avec une évidente satisfaction.
- Tu termines ton repas et je te paie un café ?
- Ok, répondit-elle en avalant une bouchée.
Moins d'un quart d'heure plus tard, ils marchaient côtes à côtes dans les rues
de la capitale. L'image était intrigante : un homme relativement grand
accompagné d'une femme relativement petite, mais tous deux vêtus d'un long
manteau leur tombant presque sur les chevilles.
Methos connaissait un petit bistrot non
loin, à l'atmosphère accueillante et chaleureuse, dont la terrasse arborée
donnait sur la tour Eiffel.
Ils s'installèrent à une table, et commandèrent leurs cafés.
Senara se cala confortablement dans sa chaise et d'un geste machinal, remonta le
col roulé de son pull ; Methos releva ce détail en nota mentalement de le
rajouter à son rapport : Senara portait presque toujours des hauts à col
montant, pour dissimuler la cicatrice sombre qui barrait son cou de droite à
gauche.
Elle lui avait jadis raconté l'origine de
cette blessure, assez étonnante alors que d'habitude, le corps des immortels se
régénère. Cette balafre était en fait l'origine de son immortalité... Des luttes
intestines ravageaient le Pays de Galles primitif, et elle avait été immolée par
un druide sur l'autel des sacrifices, d'ordinaire réservé aux animaux. Le prêtre
avait entaillé si profond que la blessure n'avait jamais complètement
cicatrisée, et lui avait laissé cette voix enrouée, qui pourtant, rajoutait à
son charme.
Senara ne faisait pas de complexe vis-à-vis de ce détail, mais elle préférait ne
pas attirer l'attention.
- Alors, lui demanda-t-elle, les mains sur
sa tasse, que vas-tu noter sur moi de si passionnant ?
- Le but des archives des Guetteurs n'est pas d'être passionnantes... seulement
à jour, précis-t-il.
- bien sûr, dit-elle pour elle même.
Elle porta la tasse à ses lèvres, mais elle
s'interrompit, et ensemble, ils affichèrent la même mine inquiète.
Le bourdonnement familier...
- Tu attends quelqu'un ? Lui demanda-t-elle
en cherchant dans la foule de passants.
- Pas que je sache, répondit-il en faisant de même.
Soudain, Senara eu un hoquet de surprise et
se releva brutalement.
- qu'est ce qu'il y a ? Tu l’as trouvé ? La
questionna Methos, inquiet de son comportement. Elle était devenue affreusement
pâle, et son menton se mit à trembler. Il ne l'avait jamais vu dans cet état, et
se leva à son tour pour lui poser la main sur le bras.
- Senara ? Qui est ce ? Où est-il ?
Comme elle ne répondait pas, il suivit son regard.
De l'autre côté de la place, il remarqua un homme, de stature moyenne et habillé
de manière soignée, qui portait lui aussi un long manteau de cuir noir. Il était
blond, et ne semblait pas avoir encore repéré les deux immortels.
Methos secoua Senara et insista.
- Qui est ce type, Sen' ? Dis moi !
Pour toute réponse, elle releva lentement sa
manche et tendit son bras à Methos.
Ce qu'il vit lui donna des frissons.
- Ce type s'appelle Jürgen Kaiser, répondit-elle enfin d’une voix cassée. Et
c'est le plus grand bourreau que j'ai jamais connu.
Sur l'intérieur de son avant bras, Methos
venait de découvrir avec effroi, tatoué, à l'encre bleu, un numéro de matricule
à cinq chiffres.
Jürgen Kaiser passa son chemin sans sourciller. Il ne les avait pas senti.
Senara était toujours paralysée.
- Methos... ce type... c'est impossible ! Il devrait être mort ! Je l’aurais
senti s'il avait été immortel !
- Il ne l'était pas encore à l'époque, c'est tout.
- Mais je l’aurais senti malgré tout ! Elle pleurait à chaudes larmes, et Methos
la serra dans ses bras.
- viens, dit-il doucement. Je te ramène chez toi.
- non, cria-t-elle subitement.
Methos était de plus en plus inquiet. Cette femme avait plus de trois mille ans,
elle avait vécu tant de choses... Pourtant elle tremblait comme une enfant.
- d'accord. Je te ramène chez moi.
Quand ils furent arrivés chez lui, Senara s'effondra dans le canapé du salon, et
Methos s'assit sur une chaise en face d'elle.
- Tu veux boire quelque chose ?
Elle hocha de la tête.
- Quelque chose de fort, ajouta-t-elle.
Methos afficha un maigre sourire, et se rendit à la cuisine.
Il en revint quelques instants plus tard, une canette de bière dans une main
pour lui et un verre contenant un liquide translucide, un peu jaunâtre, dans
l'autre.
Il le lui tendit, et elle le prit dans la main, y jetant un regard suspect.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Vodka citron, dit-il en souriant.
Elle lui rendit son sourire, et but une gorgée de son verre, et toussota.
- Oula ! Il est un peu chargé...
- Tu voulais quelque chose de fort, non ?
- Je te préviens, n'essaie pas de me saouler... Cette fois-ci, ça ne marchera
pas... Je ne ferais pas de bêtises avec toi, n’insiste pas.
- Je n'ai jamais eu cette prétention, lui dit-il d’un ton plein de
sous-entendus.
Elle soupira.
- Alors, lui demanda-t-il, désireux de changer de sujet. Si tu me racontais ? Ça
te ferait du bien... Je veux dire, de te confier.
Senara releva la tête et le regarda.
Methos eu mal au coeur en la voyant ainsi,
atterrée, repliée sur elle même. La Senara énergique et à l'humour sarcastique
qu'il connaissait avait laissé place à une jeune femme hantée par ses
cauchemars... Et dire que seule la vision furtive d'un homme l'avait rendue
ainsi !
Elle ouvrit la bouche, et se décida à se
confier, pour la première fois depuis cinquante ans.
Oui, elle avait été effectivement
déportée...
Oui, pour le seul crime d'être juive en une époque où cela était considéré comme
la pire des tares...
Le plus désolant dans tout ça, songea Methos, c'est que juive, elle ne l'était
même pas !
Senara lui raconta comment elle en était venue à prendre le patronyme de
Zibelstein. En 1645, elle avait épousée un jeune banquier néerlandais d'origine
juive, Daniel Zibelstein. Elle avait vraiment aimé cet homme, et celui-ci, sur
son lit de mort, lui avait fait promettre de garder son nom, en souvenir de leur
amour...
- Mais comment est-ce que Daniel aurait-il
pu savoir où un souvenir de mémoire aller me mener ? dit-elle dans un sanglot.
On m'a traité comme un animal parce que j'avais un nom juif, en souvenir d'un
mari mort deux siècles plus tôt ! Le plus triste, dans tout ça, c'est que moi
même, je ne me suis jamais convertie, pas même pour mon mariage... mon Daniel
était peut-être juif, mais il n'y avait pas plus athée que lui... Et il était
juif que de son grand père paternel, en plus...
Elle poursuivit son histoire, et Methos
l'écouta attentivement. C'était une partie de sa vie qu'il ne connaissait pas ;
il apprit ainsi comment Senara, vivait depuis une quarantaine d'années aux
Pays-Bas a cette époque, Pays-Bas qui s'étaient déclarés neutres lorsque les
allemands avaient commencé à envahir l'Europe. Bien sûr, Hitler s'en moquait, et
la Hollande avait été envahie comme les autres, et les persécutions anti-juives
appliquées avec brutalité, malgré l'héroïque résistance du peuple hollandais
face à tant d'injustice. Senara s'était débarrassée de tout ce qui avait de la
valeur à ses yeux en expédiant ses affaires par bateau à des amis à Londres, et
elle avait bien fait ; quelques jours après, les allemands envahissaient les
Pays-Bas, et, en 1944, lors d'une énième nuit de rafles, elle avait été expulsée
hors de chez elle, jetée dans un camion, bourrée dans un train plein à craquer,
et finalement, après des jours et des jours de pérégrinations éprouvantes, elle
arrivait au camp d'Auschwitz Birkenau... Elle avait eu la vie sauve grâce à son
diplôme d'infirmière et sa santé robuste, et les nazis l’avaient affectée à
l'infirmerie du camp...
C'est là qu'elle avait rencontré Caroline
Cohen et ses deux filles, Elizabeth et Rebecca, âgées de 13 et 6 ans. Methos
soupira en entendant le prénom de Rebecca : il la connaissait, puisqu'elle était
la fille adoptive de Senara...
Caroline Cohen était française et s'occupait
des enfants malades, dont ses deux filles.
Mais c'est aussi à l'infirmerie que Senara avait fait la connaissance de Jürgen
Kaiser, alors jeune médecin et recruté d'office par les nazis lors de son
adhésion au parti, mais surtout pour son aptitude à faire des expériences et
tortures sans aucune arrière-pensées ni regrets...
Il faisait subir des traitements expérimentaux aux malades, qui subissaient ses
sévices et finissaient tous par mourir dans de grandes souffrances.
Methos avait pris les mains de Senara dans
les siennes ; elle tremblait et avait du mal à poursuivre son récit.
Jürgen avait fini par s'en prendre à
Elizabeth, la soeur aînée de Rebecca, et leur mère s'était interposée, sans
succès : Jürgen avait envoyé la gamine aux chambres, et après avoir torturé
Caroline durant de longues heures, elle avait subie le même sort.
Restait la petite Rebecca, qui s'était
remise de sa maladie et avait quittée l'infirmerie à temps. Senara, elle,
n'avait pas eu cette chance. Elle aussi avait été torturée par Jürgen, qui,
intrigué par la rapidité avec laquelle elle guérissait, prenait un grand plaisir
à son jeu ignoble.
Il avait fini par la relâcher sur ordre de
ses supérieurs, et Senara, meurtrie dans son âme, avait pris sur elle de
s'occuper de Rebecca (Caroline le lui avait fait jurer avant de disparaître) et
3 semaines plus tard, les Alliées libéraient le camp...
Methos frissonna face à ce récit. Il eut un
bref souvenir de sa vie de Cavalier de l'Apocalypse, et éprouva du dégoût
vis-à-vis lui-même.
- Je dois le tuer ! Tu comprends ? Pour tous
ceux qu'il a fait souffrir, pour Rebecca... je dois aller la voir cette
semaine... tu me vois l'embrasser et lui dire : tiens, ma chérie ! J’ai retrouvé
celui qui a tué ta soeur et ta mère... c'est aussi un immortel ! Elle
secoua la tête. Je la connais, ma Rebecca, c'est moi qui l'ai élevée ! Elle
serait la première à se mettre debout, prendre mon épée, et du haut de ses 56
ans (qu'elle porte très bien, remarque), s'en aller courir après son bourreau
pour lui couper la tête !
Methos eut un faible sourire en songeant à
l'évocation de la belle cinquantenaire encore blonde, en furie, une épée à la
main...
Senara ne riait pas, et s'était soudainement
levée, en pointant un doigt sur lui.
- Tu dois m'aider. Tu le peux, qui plus est.
Methos, surpris, se leva à son tour.
- J'ai peur de ne pas comprendre...
- Tu es guetteur ! Tu as accès à toutes les coordonnées des immortels, non ?
Methos secoua la tête tristement.
- Non. Je n'en ai pas le droit.
Senara s'énerva.
- Cette ordure ne mérite pas de vivre ici, en toute impunité ! N'est-ce pas le
travail des Guetteurs de faire en sorte que les immortels n'abusent pas de leur
pouvoir ?
- Du temps où il a commis tous ces crimes, il était encore mortel.
- Ca ne change rien au fait que c'est toujours le même homme, celui qui a le
sang de milliers d'innocents sur les mains ! Une pourriture !
Elle avait les larmes aux yeux, et machinalement, elle frotta son avant-bras,
celui où se trouvait gravé à jamais dans sa chair le souvenir de son passé
douloureux...
Methos soupira, et finalement, accepta.
Il lui promit de faire ce qu'il pourrait.
Mais en aucun cas, il n'interviendrait ; il ne pouvait pas se permettre de
mettre en danger sa couverture au sein de l'organisation.
- Ne t'inquiète pas, lui dit-elle. C'est mon
affaire.
Elle pris son manteau, et se dirigea vers la porte d'entrée. Methos, soucieux,
la raccompagna.
- Je te retrouve demain matin, chez toi, d'accord ?
Elle acquiesça d'un signe de tête.
- Merci, murmura-t-elle.
Methos referma la porte, et se laissa tomber
dans son canapé, non sans avoir au préalable pris une nouvelle bière dans le
frigo.
- Cette histoire ne me dit rien de bon... murmura-t-il pour lui même...
Le lendemain, il se rendit au siège des guetteurs à Paris.
Après quelques recherches discrètes, il
finit par mettre la main sur le dossier qu'il recherchait. Il fut surpris, au
passage, du nombre important d'immortels classés à la lettre 'K'... Il faudrait
qu'un jour, il demande une étude sur le lien de causalité entre l'initiale de
leur nom et leur aptitude à faire le mal...
Kaiser, Jürgen. Le dossier n'était pas très épais, ce qui confirmait le jeune
âge de l'ancien Nazi.
Il ne lui fallu qu'une minute pour mémoriser
son adresse, et c'est en reposant le dossier à sa place qu'il remarqua, un peu
plus loin sur l'étagère, l'autre dossier.
Kelvin, Valentin (Valentinus Aurélianus)
Methos se figea. Il résista douloureusement
à la tentation d'ouvrir ce dossier là aussi. Quelle ne serait pas la
satisfaction de son amie si il lui amenait celui-là en prime ! Il s'approcha, et
constata que le dossier était marqué comme actif ; Valentin était donc toujours
en vie.
Methos se reprit, et s'éloigna. Pourtant, un
ultime sursaut d'instinct le poussa à rouvrir le dossier Kaiser une dernière
fois. Machinalement, ses yeux se posèrent sur la fiche consacrée à son éducation
d'immortel.
Ce qu'il vit retint grandement son
attention.
Dans le dossier figurait le nom de son mentor.
Il s'agissait de Valentin Kelvin.
Le même jour, en fin de matinée, Methos se présenta une nouvelle fois devant
l'imposante porte de l'immeuble bourgeois où vivait Senara.
Il enfonça le bouton de l'interphone, et la porte s'ouvrit quelques secondes
plus tard.
Lorsqu'il arriva devant l'entrée, il tourna
la poignée, pour constater que la porte était ouverte ; il entra.
Senara était assise devant la table de son
salon, parfaitement immobile, les mains croisées et posée sur la lame de son
épée.
Methos s'approcha d'elle, et elle ouvrit les yeux. Il lui tendit une feuille, et
elle s'en saisit avec fébrilité.
Elle la parcouru du regard un instant, et, satisfaite, la replia pour la mettre
dans la poche de son pantalon noir, avant de se lever.
Elle portait un pull moulant d'un rouge
sombre, qui mettait ses formes harmonieuses en valeur. Elle avait noué ses longs
cheveux auburn en une unique tresse ensuite ramené sur l'arrière du crâne et
fixée par des épingles.
Sans mot dire, elle ouvrit la penderie du couloir entre la cuisine ouverte et le
salon, et en sorti son long manteau noir, qu'elle enfila.
Puis, elle se décida à regarder Methos dans les yeux, se plantant devant lui.
- Merci, lui dit-elle simplement.
- Tu as une dette envers moi, maintenant, répondit-il simplement.
Elle acquiesça.
- J'aurais encore besoin de toi...
- C'est-à-dire ? demanda-t-il, inquiet.
- Je veux le surprendre, mais tu sais comme moi que je ne pourrais pas
l'approcher sans être repérée...
- tu veux que je fasse diversion ?
- Rien de bien dangereux, ne t'inquiète pas. Tu te plantes devant lui, et
pendant qu'il cherche comment il va te tuer, je le surprends par derrière.
- Tu connais les Règles du Jeu, Senara... répliqua-t-il d'un ton désolé.
Elle secoua la tête.
- Je ne te demande pas de l'affronter à deux ! Seulement masquer mon approche.
Je t'en pris, fais ça pour moi... supplia-t-elle.
Methos inclina la tête.
- Je ne ferais rien d'autre. Comme tu l'as dit, c'est ton combat.
Elle sourit.
- Cependant... ajouta-t-il, prudemment.
- Quoi ?
- J'ai trouvé dans son dossier quelque chose... d'intéressant.
- qu'est-ce que c'est ? Le questionna-t-elle, intriguée.
- Le nom de son mentor...
Elle resta muette un instant.
- Qui ?
- Valentinus... en fait, aujourd'hui, il s'appelle Valentin Kelvin.
Senara le regardait, l'air ébahie.
- Lui... Lui aussi est encore en vie, et tu me le dis seulement maintenant ?
Methos se défendit du mieux qu'il pu, sentant sa colère monter.
- Je n'aurais même pas du regarder ça ! Juste son adresse !
- Où est-il ?
- Je ne sais pas.
- alors retournes-y ! Je dois savoir !
- Tu n'auras qu'à le demander à Kaiser. J'ai déjà pris beaucoup de risques ce
matin !
Senara allait répondre, mais s'abstint.
- Soit. Je comprends. Je le ferai parler, cela ne me pose pas de problèmes...
répliqua-t-elle d'un air entendu.
Methos s'en inquiéta.
- Fais attention à ce que tu feras. Ne deviens pas comme lui.
Elle écarquilla ses beaux yeux d'un vert sombre.
- quoi ? Tu pensais que j'aller le torturer ? Pour qui me prends-tu, Adam
Pierson ? Tu vois, tu ne me connais pas aussi bien que tu le penses. Non... je
ne vais pas le torturer... juste le tenter. Lui promettre de lui laisser sa
tête.
- Mais tu ne le feras pas.
- bien sûr que non ! C’est un monstre, il doit payer.
- alors tu ne vaudras pas mieux que lui. Je veux dire, que tous les hommes qui
ont agi comme lui par le passé.
Senara secouait la tête, ne comprenant pas le sens de ses paroles. Il
poursuivit.
- Tu vas lui promettre quelque chose que tu n'auras jamais prévu de lui donner
de toute façon. C'est ce que les nazis ont fait : torturer et promettre de
s'arrêter en échange d'informations... Mais leurs suppliciés étaient toujours
exécutés...
Senara se rassit dans son canapé, son épée posée sur ses genoux.
- Tues-le. Ne joue pas avec lui. Ne cherche pas la vengeance, elle ne
t'apporterais rien... j'en sais quelque chose...
Comme elle ne disait rien, il continua.
- Il mérite de mourir mille fois, voire même des milliers de fois, et de milles
manières différentes, ça, je te l'accorde. Mais à vouloir le faire souffrir, tu
serais comme lui... Prendre sa tête sera une punition amplement suffisante. Elle
suffira, je te le promets.
Senara hocha lentement de la tête, et se releva.
- Je le tue. Point final. Et je te promets que si paradis il y a, il n'y sera
sûrement pas accueilli.
Methos afficha un faible sourire.
- Et ensuite... je m'occuperai de Valentinus.
- Pas de problème.
Senara se détendit. Elle savait ce qu'elle avait à faire. Elle était sereine à
présent.
Le soir même, Methos et Senara se rendirent à l'adresse parisienne où vivait
Jürgen Kelvin.
C'était en fait un grand atelier désaffecté reconverti en loft apparemment
luxueux.
- Et dire que je peine à payer mon loyer pour 60 mètres carrés, gromela-t-elle.
Pourquoi ce sont toujours les ordures de son genre qui ont droit au luxe ?
- Parce qu'il le vole au prix du sang, ma belle, répondit Methos avec son
cynisme habituel.
Elle leva les yeux au ciel et soupira.
- Très bien. Alors toi, tu passes par devant, et moi je me débrouille pour
entrer par l'arrière... là-bas, dit-elle en désignant une petite fenêtre au
rez-de-chaussée, à l'arrière du bâtiment.
Methos soupira, et s'approcha lentement, tandis que Senara faisait le tour. Ils
avaient convenu de s'approcher en même temps, afin qu'il ne puisse pas
soupçonner la présence de deux immortels.
Il était à environ dix mètres de la grande
porte d'entrée en fer quand il le sentit.
Il était ici. Methos ne sentait pas spécialement Senara, et il en conclut qu'il
devait en être de même pour l'autre.
Effectivement, au bout de quelques secondes,
la grande porte grinça, puis s'ouvrit.
Jürgen Kaiser venait de sortir de chez lui, son épée à la main.
- Bonsoir... je n'avais pas prévu de prendre une tête ce soir, mais si vous y
tenez... dit-il d'un ton narquois avec un accent allemand marqué. A qui ai-je
l'honneur ? demanda-t-il.
- Adam Pierson, répondit simplement Methos. Et vous êtes ?
- Jürgen Kaiser... il afficha un sourire carnassier, qui rappela à Methos toute
l'horreur de cet homme que Senara lui avait dépeint la veille, et en éprouva un
profond dégoût.
L'allemand leva le bras, mettant son épée en joue et en menaçant Methos.
Celui-ci posa simplement sa main sur la sienne, toujours accrochée à sa
ceinture.
C’est alors qu'il vit Senara s'approcher
lentement, sa propre épée à la main. Afin de lui éviter de se faire repérer,
Methos fixa son adversaire droit dans les yeux, et engagea la conversation.
- Jürgen... Vous êtes allemand, n'est-ce pas
?
- Tout juste. Un exemplaire de ce que la jeunesse aryenne a produit de meilleur,
se targua-t-il.
Methos n'y fit pas attention, et continua.
Senara était presque à sa hauteur.
- aryen ? Je vois... vous n'êtes pas très
'vieux', n'est-ce pas ?
- J'ai effectivement eu la malchance de tomber sur un bataillon de l'armée rouge
à la libération... à ce souvenir, l'allemand afficha une grimace. Mais vous
même, quel âge avez vous donc ?
Senara était sur lui, à présent.
- Plus que tu n'aura jamais, ordure...
Jürgen fronça les sourcils, puis au dernier moment, se rendit compte que quelque
chose n'allait pas. Il allait se retourner, mais n'en eu pas le temps.
Senara venait de lui mettre sa lame sous le cou, lui tenant fermement le bras de
sa main libre.
- Guten tag, herr doktor... gronda-t-elle en allemand. ("Bonjour, docteur")
L'autre était pétrifié.
- Wer sind Sie ? ("Qui êtes-vous ?")
- Dein schlechterer Alptraum ! Cria-t-elle en le poussant violemment en avant.
("Ton pire cauchemar !")
Methos s'écarta prudemment pour assister au duel.
Jürgen s'était vite remis de sa surprise. Il regardait son assaillante avec
application.
- Ja... murmura-t-il. La fraülein (mademoiselle) Zibelstein ! Tout s'explique,
maintenant... votre si surprenante guérison quotidienne après mes petites...
expérimentations...
De rage, elle lança une violente et fulgurante attaque, qu'il eut du mal à
esquiver.
Methos, qui observait le combat, su qui gagnerait. L'allemand n'était pas du
tout sûr de lui, il parlait trop. De plus, sa maîtrise de l'épée était loin
d'être parfaite... Senara gagnerait vite ce duel. Il croisa les bras en
attendant la suite.
- La ferme ! Hurla-t-elle, tandis que son adversaire riait nerveusement en
esquivant une énième attaque de la jeune Galloise, dont les forces avaient été
décuplées par la haine.
Methos avait vu juste. Même quand on est un "pur produit de la jeunesse
aryenne", on ne pèse pas lourd face à une furie galloise de plus de trois mille
ans...
Elle lança son épée vers son bras, et Jürgen ne pu pas l'éviter ; elle le coupa
profondément, et il poussa un cri en reculant.
- Scheisse, grogna-t-il.
Il tenta une ultime attaque, et réussit à blesser Senara à la cuisse. Elle
grimaça, et répliqua en lui assenant un violent coup de pied dans le ventre.
Il tomba à genoux.
Elle se rapprocha de lui, et d'un autre coup de pied, lui fit lâcher son épée,
qu'elle poussa au loin.
L'autre avait le regard agrandi par la peur, tandis que Senara fermait les yeux.
- Il ne peut y en avoir qu'...
Elle ne termina pas.
Un coup de feu venait de fendre l'air.
Senara, les yeux agrandis par la surprise
puis par la douleur, laissa doucement retomber les bras et lâcha son épée pour
porter sa main sur son ventre ; elle se retrouva immédiatement souillée de sang.
Jürgen tenait encore dans la main un
revolver au canon fumant, et affichait un rictus satisfait.
Son menton se mit à trembler et ce fut elle qui tomba à genoux tandis que
l'autre se relevait avec difficulté.
Il ramassa l'épée de l'immortelle, et chancelant sur ses jambes, la leva à son
tour.
- en effet, ma belle. Il ne peut y en avoir qu'un...
Il abaissa brutalement sa lame vers Senara
qui venait de fermer les yeux, mais l'épée rencontra celle de Methos.
Jürgen leva la tête, abasourdi.
- Vous ne devez pas intervenir !! Ce sont les Règles !
Methos afficha un sourire mauvais.
- tu as triché le premier...
En un seul mouvement d'une rapidité
surprenante, il ôta son épée, se retourna et décapita l'allemand d'un seul coup.
Sa tête roula à plusieurs mètres sous la force du coup, et son corps retomba
lourdement au sol.
Senara venait à son tour de s'effondrer, mais elle respirait toujours.
Le corps sans tête de Kaiser se mit à briller, et soudain, se fut l'orage, qui
foudroya Methos, et fit exploser toutes les vitres de l’entrepôt/loft.
Lorsque la foudre fut passée, Methos, essoufflé, s'appuya à son épée.
Il s'accroupit auprès de Senara, et la pris dans ses bras.
- Espèce de sale...
- Merci sera suffisant, très chère... la coupa-t-il.
Elle hocha de la tête, et déglutit avec difficulté.
- Ca faisait longtemps que je m'étais pas pris une balle... j'avais oublié que
ça faisait si mal... elle voulu rire, mais afficha une grimace de douleur.
- chut... ne dis rien. Attends que ça cicatrise !
Il se releva et la pris dans ses bras.
- Je ne saurais pas où se planque Valentin, murmura-t-elle, la voix pleine de
reproches.
- Ne t'inquiète pas... tu le retrouveras.
- J'y compte bien, sinon, je te jure que je t'en tiendrais rigueur !
- Vraiment ? Et que feras-tu ?
Elle réfléchit un instant.
- Ah... ça se referme... je le sens... Qu'est ce que je te ferait ? Et bien...
Elle afficha un air concentré.
- ah, ah ! dit Methos, triomphant. Je suis intouchable, petite soeur...
- Je sais ! Je te prive de bières ! Annonça-t-elle fièrement.
Il fit une mine boudeuse.
- c'est pas fair-play, ça...
Elle lui adressa son plus beau sourire.
Il la ramena jusqu'à la voiture, où il la déposa avec douceur.
- Ah et au fait, Methos...
- Oui ?
- Merci.
- De rien. Maintenant, tu as DEUX dettes envers moi...
Elle soupira.
- soit, soit.
Il referma la portière, et fit le tour pour s'installer au volant.
- ah, encore une chose... "Petite soeur" ? demanda-t-elle, faisant allusion aux
minutes précédentes.
- c'est une façon de parler... précisa-t-il.
- Ca me rassure... dit-t-elle.
- Pourquoi ?
- Parce que sinon, ça voudrais dire qu’à de multiples reprises ces derniers
siècles, tu aurais commis un inceste...
Methos souri bêtement, et démarra la voiture.
- tu penses trop...
FIN
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