EPISODE 2
Compagnons de Galère
Auteur : Mashtark (Pierre Marcellesi)
Email : Mashtark@hotmail.com
Disclaimer : Le personnage de Methos appartient à Widen/Rysher/Panzer/Davis et les personnages de Franco Begbie et Johnny Swan appartiennent à Irvine Welsh.
Résumé : Franco Begbie, un ami de Methos est au chômage et cherche un emploi. Methos accepte de l’héberger quelques jours chez lui.
Ceci est un hommage à Irvine Welsh. J’ai utilisé deux personnages de son roman Trainspotting mais bien sûr j’en ai fais des immortels. Lire Trainspotting pour comprendre l’épisode suivant ne vous est pas nécessaire.
Attention ! Le langage de Begbie, certaines de ces actions et même le style d’écriture peuvent heurter la sensibilité des plus jeunes.
Avec :
Francis « Franco » Begbie : Robert Carlyle
Johnny Swan : Peter Mullan
Murdoc : Tcheky Karyo
France, Paris, 1996
Il avait le visage plutôt maigre, les cheveux noirs tirés en arrière et une moustache de la même couleur. Ses yeux étaient noirs et vifs comme ceux d’un schizophrène. Il en était effectivement un, ou pas vraiment. Disons que Begbie était plutôt le genre de mec qu’il fallait avoir comme ami, autrement il était capable de vous pourrir la vie. Il était toujours là pour ses potes mais ses relations avec les gens en général étaient basées sur la crainte. Tout le monde craignait Begbie. Il était justement sorti de prison la semaine d’avant. Il avait purgé un an de prison pour avoir tabassé une pauvre vieille dans la rue qui l’avait apparemment mal regardé. Après sa sortie du trou il avait essayé de reprendre son ancienne vie mais il n’avait pas pu reprendre son travail.
Une après-midi, il s’était présenté chez un employeur pour un boulot de trieur de papiers. Un job de cons, pensait Begbie.
- Qu’est-ce qui vous motive, monsieur Begbie ?
- Les rapports avec les gens, lui répondit Franco avec sa voix agressive.
- Si vous obtenez ce travail vous ne serez pas en contact avec la clientèle. Votre rôle sera de classer les documents que nous vous donnerons.
- …C’est cool, mon pote. Y’a pas de lézard !
- Oui euh…Quelles sont vos qualités ?
- Ch’uis toujours franc, tu vois ! Si y’a un mec qui me les brise j’me gêne pas pour lui faire savoir. C’est que faut pas lui titiller les nerfs aux Begbie !
- Vos défauts ?
- ……..Aucun…..Si !! Je suis perfectionniste ! Quand je commence un boulot faut que je le termine ! Parce que moi, faut que ce soit top ou alors rien du tout ! Mais là tu vois cet entretien là j’le sens bien !
Franco avait le sourire, il le faut toujours. Son employeur essayait comme il pouvait de se contenir.
- Bien monsieur Begbie. Nous vous contacterons pour vous donner notre réponse.
« Putain, qu’il a l’air con » pensait Franco. « On dirait qu’il va m’annoncer que je lui ai fais un gosse ».
Il s’est levé à cet instant avec son regard brave, comme pour lui dire « Ca y’est ! Je sais que je suis pris ». Il serra la main de l’employeur surpris, se retourna et pris le chemin de la porte. Il s’arrêta net et tourna la tête vers l’employeur.
- Vous pensez que j’ai une chance ?
- Je ne sais pas encore, c’est que d’autres personnes vont passer cet entretien et il est difficile d’évaluer comme ça.
- Ah ouais, je vois. Nan, parce que si tu veux, pour l’instant j’ai foiré mes autres entretiens. Ca paye pas d’avoir fait un an de taule.
- Vous avez fait de la prison ? demanda l’employeur inquiet.
- Ouais mon pote ! Là-bas personne ne pliait le linge mieux que moi ! Mais ça c’était avant de bosser à la cantine bien sûr ! Parce qu’après je revendais de la bouffe en contrebande !
- Nous voudrions un employé qui soit digne de confiance et je crains que votre séjour en prison ne vous rende pas justice.
Et là, c’est parti, Franco a commencé à s’exciter.
- Tu dis que je suis pas un putain d’employé digne de confiance ?! Oh putain !!
Franco a hurlé et a envoyé un coup pied dans les testicules du pauvre homme. S’en est suivi son poing dans la figure. L’employeur s’est retrouvé à terre. Il criait à l’aide mais Franco lui a envoyé son pied dans le nez. Le type saignait comme un pistolet à eau. Et puis il a enchaîné avec d’autres coups de pied un peu partout, toujours donnés avec force et rage. Des « enfoirés !! » et des « putain de merde !! » accompagnaient chaque coup. Franco s’est mis à genoux et a sorti un couteau. Il lui a mis sous le nez et le menaçait de le découper. Les hommes de la sécurité sont arrivés et ont balancé Begbie dehors. Il leur a fait un bras d’honneur et s’est approché d’une cabine téléphonique. Il avait besoin d’aide. Il fouilla ses poches pleines de saletés et sortit une carte téléphonique. Il s’approcha de l’appareil et inséra sa carte. Il connaissait le numéro par cœur, il lui a fallu à peine trois secondes pour le composer.
- Methos ?
- Tiens, Francis !
- Putain c’est le bordel, j’ai niqué la gueule de mon employeur et j’ai été viré de mon appart. Je peux pieuter chez toi ?
Pas le temps de répondre, l’avis de Methos ne compterait pas.
- Merci, mec !! Bon j’me ramène !
Il raccrocha au nez de Methos. Begbie se moquait de l’avis de Methos. A cet instant le plus vieux des immortels ne réagit pas, il avait l’habitude avec Franco. Il resta tout de même immobile pendant deux secondes. En fait il n’avait même pas eu le temps de réagir. Il raccrocha et s’assit sur son canapé et voyait venir les longues journées d’incrustation de son ami. Il les appréhendait, les soupirait, les subissait. Methos s’allongea et s’endormit sur le canapé.
« Ding dong »
Methos entendit la sonnette et par la même occasion il sentit son ami. La porte s’ouvrit, Begbie était entré comme chez lui. Il écrasa sa cigarette contre le mur et s’avança vers son ami.
- Lève toi, mon conaud ! Putain !! C’est comme ça que tu me reçois ?!!
Methos se leva du canapé. Il était en pyjama bleu ciel et ses cheveux partaient dans tous les sens.
- Qu’est-ce que tu viens faire ici ? lui demanda le vieil immortel avec crainte.
- Je crèche ici le temps de trouver du boulot !
- T’aurais pas pu trouver un hôtel ?
- Trop cher, répondit Francis tout en pensant à la nouvelle décoration qu’il ferait dans l’appart.
Il fit un tour des pièces de l’appartement. Le morpion, il avait déjà choisis ce qui allait virer. Methos s’écrasait. S’il ouvrait la bouche, ce psychopathe le tabasserait. Et puis c’était un ami…
Le pique-assiette ouvrit le frigo.
- Mais bordel, c’est autant le foutoir là-dedans que dans le reste de ton appart !
Il se prit une bière et puis commença à parler de lui. Franco adorait parler de lui. Il était toujours fier de raconter ses agressions et ses multiples coups tordus.
- L’enfoiré, j’te jure il a commencé à dire que j’étais pas digne de confiance ! J’étais obligé de le taper tu comprends ! Obligé !
La vérité, c’est que Methos s’en fichait. Pendant que Francis racontait ses problèmes, lui lisait Marivaux. Il s’en fallu de peu pour que le rustre s’en rende compte.
- T’en as rien à foutre putain !
- Ah non, non, je te jure que ça m’intéresse.
- J’y crois pas, tu bouquines ! Je te jure que je te leur casserais la gueule à ceux qui lisent ! Les bouquins, ça sert tout juste à diffuser des conneries ! Parce que les écriveurs, ils sont malins les bourrins ! Ils savent qu’il y’aura toujours des cons pour discuter de leur tissus de merde ! Si ça tenait qu’à moi, je te rassemblerais tous les livres et je ferais un putain de feu, histoire de nous réchauffer le cul en hiver !
Ca, c’était la philo selon Begbie. Les discutions avec lui se limitaient aux insultes, aux critiques et aux résonnements débiles. Il se disait lui-même « penseur ». Non pas qu’il était bête, loin de là, mais on sentait son manque d’éducation.
- Bah écoute, tu penses ce que tu veux, Franco. Mais tu sais, c’est grâce aux écrivains que tu peux lire les résultats du foot, dit Methos avec un grand sourire, sachant pertinemment que l’autre prendrait l’argument en compte.
- Pas con… tu sais que t’es un malin, toi ?
Methos eu un petit sourire condescendant. Franco ouvrit sa bouteille de bière.
- On a pas besoin des bouquins ! On devrait tous arrêter d’écouter toutes les conneries qui fusent ! Moi j’te le dis ! Parole de Franco ! On devrait se contenter de la télé et de la radio et basta !
Methos avait replongé le nez dans son livre et n’écoutait pas. Puis soudain il vit un jet de bière passer à côté de lui et plonger sur le sol. Il leva les yeux vers Begbie qui râlait.
- Putain ! Achète moi de la vraie bière ! C’est dégueulasse ça ! A tous les coups c’est fabriqué par les petits taïwanais ! 1% d’alcool et tout le reste c’est de la flotte !
- Euh….s’il te plaît, fit Methos prudemment.
Franco le fixa dans les yeux. « Crache ce que t’as à dire morveux » qu’il pensait le Begbie.
- Pourrais-tu avoir l’amabilité de ne pas cracher par terre ? C’est du parquet tout neuf !
Methos n’avait pas l’habitude de se plaindre de la saleté. Il était bordélique, pas sale.
- Quoi ??! T’oses te plaindre ?!
Begbie fonça sur Methos et lui envoya son poing dans le nez. Le vieil immortel tomba par terre et Begbie lui assenait de violents coups de pieds dans le ventre. Quand Begbie commençait, il n’arrivait pas à s’arrêter. Toujours est-il que pour les copains il évitait les coups dans le nez et les testicules. Il stoppa le massacre et s’alluma une cigarette pendant que Methos reprenait ses esprits.
- Putain, t’as pas un Bolino qui traîne ? J’ai les crocs !
Le soir même Methos et Begbie prirent le train pour aller en Normandie. Ils voulaient y passer un jour ou deux. La raison de Begbie était simplement qu’il y avait vécu il y a longtemps. Celle de Methos, épargner quelques temps son appart. Et oui, dans certains cas on ne choisit pas ses amis, Methos y croyait de plus en plus. On peut dire qu’ils ont toujours eu ce genre de rapports. Methos paye, fait des concessions et Begbie profite, pas foutu de laisser une part du gâteau. Le voyage dans le train serait long, Avant même de trouver une place Begbie s’impatientait.
- T’as pris des cartes ?
- Non j’ai oublié.
- Je t’ai dis de prendre des putain de cartes !!
- Et bien on dormira c’est tout ! Et puis t’avais qu’à y penser !
- J’étais bourré.
- Je pouvais pas deviner ! Avec toi on sait jamais quand t’es net ou quand tu l’es pas !
- Arrête tes compliments de faux cul !
- Si tu le prends comme un compliment….
Franco observait les baskets de Methos. Obligé faudrait qu’il les balance par la fenêtre pendant son sommeil. Methos trouva deux places dans le fond.
- Allons-y.
Il avait à peine pu poser sa thermos de bière qu’il s’interrompit. Il désigna deux pancartes qui signalaient que ces places étaient réservées. Franco les prit, les posa sur l’un des sièges et s’assit dessus, du côté contre la fenêtre. Methos ne semblait pas gêné mais amusé, il s’assit à son tour.
- Quelle discrétion…
- Et tes godasses, elles sont discrètes ? On dirait un môme.
- ….
- Raconte moi le programme.
- Le train s’arrête dans un village près d’Honfleur. Une fois arrivés en gare, on prend un taxi et on y va.
- C’est toi qui le paieras, dit Francis, grognant.
- …Je l’aurais parié.
Methos sortit son livre de Marivaux et repris à la page où il en était. Francis le regarda comme s’il lui avait volé son nounours. Alors il sortit lui aussi de la littérature, le dernier mensuel de playboy.
A cet instant, deux hommes arrivèrent. L’un d’eux pointa son ticket de train sous les yeux de Francis et Methos.
- Ces places sont réservées, ayez la gentillesse de vous asseoir ailleurs, s’il vous plaît.
- Des clous, répondit Franco en fixant le bonhomme dans les yeux.
- J’ai payé ma place ! C’est la mienne !
- Ma main sur la gueule, du con !
Le deuxième type dit à son copain d’aller ailleurs, il flairait mal Franco. Methos s’empêchait de rire, caché derrière son bouquin.
- Ca te fait marrer ? lui demanda Francis
- Non non, se ressaisit Methos.
Les deux hommes repartirent sans un mot. « ‘foirés va » ressortit Begbie. Tout le monde le regardait dans le wagon, il s’en rendait compte seulement maintenant. Methos referma son livre.
- Qu’est ce que tu comptes faire pour le chôme-du ?
- Trouver un boulot. J’ai pas le choix…
- Où ça ?
- J’en sais rien, mais dès que j’aurai assez de blé, j’me paierai un bar dans Paris. P¨têt bien que tu passeras me voir de temps en temps ?
- Si c’est pas trop loin de chez moi, pourquoi pas ? Tu crois que tu vas y arriver ?
- Un peu, mon minet ! J’ai déjà la moitié du pez. J’ai fais le putain de cass’ du siècle y’a quelques jours ! T’inquiète pas que j’ai roulé mes associés et que je me suis tiré avec les pepettes.
- Tu vas avoir des ennuis, dit Methos, habitué.
- J’ai eu raison, au contraire ! Tu devrais faire quelques cass’ de temps en temps, je suis sûr que ton boulot de guetteur ça rapporte pas assez.
- C’est pas payé. Pour gagner ma vie, je travaille dans une librairie à Paris avec d’autres guetteurs.
- T’as pas toujours été comme ça avec le fric.
Bretagne, 1311
Methos, Francis et Murdoc se préparaient derrière l’église. Murdoc regardait partout. Si quelqu’un les surprenait, ils seraient pendus sur la place devant tout le monde. Methos enfila une vieille toge délavée pardessus ses guenilles.
- Fais pareil, dépêche toi, Francis !
- Pas question de me vêtir en curé !
- Tais toi et enfile ça ! cria Murdoc.
- Ne me parle pas comme ça ! protesta l’autre.
- C’est comme ça que c’était convenu, Francis ! lui envoya Methos.
- Je ferai pas le prêtre !
- Pense à l’argent ! répliqua Methos.
Franco l’observa avec protestation. Il s’imagina alors une balance avec les arguments pour et les arguments contre. Il céda. Begbie enfila sa toge. Murdoc n’avait pas à avoir de toge. Lui, personne ne le verrait. Le plan était celui-ci : Methos désarmerait les polices du roi qui voudraient rentrer dans l’église, Begbie assommerait le prêtre, le vrai. Il prendrait sa place au confessionnal et dès qu’une personne aisée rentrerait dedans, Murdoc se placerait derrière sa porte qui comportait deux trous, un pour chaque bras. Pourquoi ? Pour voler les bijoux sans que la personne ne s’en rende compte ! Il avait dû s’infiltrer dans l’église tard le soir précédent pour faire les deux trous. Quel plan ! Y’avait pas pire ! C’était le moins discret et le plus foireux de tous les coups montés par Methos.
Murdoc et Begbie rentrèrent par la porte de derrière. Ils guettaient le prêtre. Le vieux discutait avec la haute noblesse, des gens qui possédaient beaucoup de bijoux. Alors le prêtre vint dans le confessionnal pour y attendre ses pêcheurs. Ce qu’il ne savait pas, c’est qu’ils seraient là plus tôt que prévu. Begbie ouvrit la porte et envoya un coup de pied au visage du prêtre. Il le mit à terre et commença à le frapper au visage. Puis il sortit un couteau et s’apprêta à le trancher mais Murdoc l’en empêcha. Faut dire que le but de départ était seulement de l’assommer, pas de le tabasser et encore moins de le tuer. Murdoc et Begbie prirent le prêtre par les jambes pour Francis, par les bras pour Murdoc. Ils prirent soin de ne pas être vus et filèrent par derrière. Une fois dehors il fallait qu’ils se pressent de le balancer dans un coin.
- Recule ! cria Murdoc en avançant.
Begbie tendit ses bras exprès et Murdoc se prit un coup dans les testicules avec la tête du prêtre.
- T’avais qu’à te dépêcher !
Murdoc ne répondit pas, trop occupé à se concentrer pour oublier la douleur.
Begbie retourna au confessionnal en courant. Murdoc guettait à la porte de derrière ; quant à Methos, le stratège de l’équipe, avait eu la bonne idée d’accomplir la tâche la plus facile mais la plus risquée. Il se contentait de dire au gens armés « Pas d’arme dans la maison du Seigneur ! Laissez les moi ».
Une dame quitta ses amies et rejoignit le confessionnal. « Première cliente » se disait Murdoc, Begbie se contentant de stresser.
- Pardonnez moi car j’ai pêché, dit-elle.
- Raconte moi, ma donzelle, dit Francis avec sa voix de rustre et son stress.
- J’ai trompé mon mari il y’a quatre jours. Il ne le sait pas. Mais je n’arrive pas à regretter.
- La garce…, ne pu s’empêcher de dire Begbie.
- Comment ?
- Rien, j’ai rien dis !
- Je veux que Dieu me pardonne.
- Il le fera peut-être, qui sait ?
Il ne savait pas quoi dire, il n’avait jamais fait le prêtre de sa vie. En général il avait le rôle de Murdoc mais celui-ci et Methos décidèrent de changer de stratégie quand ils s’aperçurent que Franco avait les mains baladeuses sur les femmes.
Il dit tout et n’importe quoi, il voulait que Murdoc se dépêche. Ce dernier arriva à son tour et se plaça derrière la porte de la dame. Il passa ses bras dans les deux trous et tentait bien que mal de lui prendre ses objets de valeur. Il avait du mal, il devait être discret tout en accomplissant sa tâche à l’aveuglette. Ca y’est ! Il avait pris le collier !
- C’est que c’est pas un artoupend le p’tit Jésus ! Il va peut-être vous jeter en Enfer !
- … ???
- Ma foi peut-être que si vous acceptez de donner quelques piécettes pour notre église il ne vous punira point.
- Vous croyez ?!
- Assurément ma p’tite dame ! où alors si vous vous montrez gentille avec moi…
Ca y’est, Begbie se sentait à son aise ! « Je suis un sacré comédien » pensait-il ! « La garce va se donner, elle et son fric, et je vais passer du bon temps » qu’il se disait !
Murdoc volait à présent son bracelet. « Et voila, un objet de plus dans le sac » !
- Bon c’est pas que j’ai les cloches à faire sonner – elles sont bien en place – mais j’ai d’autres pêcheurs à voir ! Alors vous êtes absoute de tous vos pêchers et pis voila, quoi !
Murdoc commis l’irréparable, sa main dérapa sur la dame et elle le sentit.
Methos avait récolté quatre épées et de l’entrée de l’église il entendit un cri de femme aigu. Il le comprit, il était temps de s’éclipser. Il pris la décision de partir en courant mais les ex-possesseurs des épées vinrent les reprendre, ou en tout cas essayer. Ils lui coururent après. Il traversa toute l’église dans sa longueur et rejoignit ses compères par la porte de derrière. Ils couraient tous les trois comme des dératés avec leurs toges de prêtres, leurs capuches à moitié décousues et leur « récoltes » qui tombaient petit à petit des poches de Murdoc.
Inutile de préciser que ce dernier s’était fait rosser par Begbie sous les yeux impuissants et habitués de Methos.
France, train, 1996
- Qu’est-ce qu’on a pu en faire des conneries ! proclama Franco avec nostalgie.
Il avait beau être un psychopathe, c’était un vrai pote. D’après Methos, Franco regrettait le bon vieux temps. Il avait beaucoup d’amis dans le temps alors que maintenant il passait son temps dans les bars à se saouler et à casser la gueule du premier qui lui tournait le dos. Methos aimait beaucoup ce type. Ils s’étaient connus pendant sa période de cavalier de l’apocalypse. A l’époque Francis traînait de temps en temps avec eux sans vraiment être soudé à eux. Quand Methos quitta les cavaliers, Franco était le seul à rester pote avec lui. Il se foutait des critiques, tout ce qu’il voulait, c’était rester avec lui. Quelques siècles après, ils rencontrèrent Murdoc, et tous les trois formèrent une sorte de bande qui prônait la connerie, la liberté universelle et l’amour pour la vie. A l’époque, les trois compères ne combattaient pas beaucoup, ils s’amusaient surtout entre bières et prostituées. Il aurait suffit que Methos propose de repartir comme au bon vieux temps et Begbie aurait suivit, et ça le vieil immortel s’en doutait. En vérité Franco n’attendait que ça. Mais la séparation fut meilleure pour tous, ou presque…Methos avait besoin de liberté et Murdoc voulait retourner vivre en Ecosse, son pays natal. Quand Begbie apprit ça, il était au milieu des deux autres, frustré. Il avait beaucoup de peine et ne savait pas trop quoi dire ; faut dire que son avis n’avait pas beaucoup d’importance. La décision fut prise à l’unanimité.
Le groupe ne s’était pas rassemblé au grand complet depuis un peu moins d’un siècle. Methos essayait de se faire discret et de ne pas attirer ses congénères immortels, Murdoc vivait sur une île au large de l’Ecosse et vivait d’alcool, de pêche et des ragots du coin, Begbie, comme un con, se remémorait le bon vieux temps. Depuis, quand il revoyait l’un de ses potes, il voulait plus le quitter. Manque de pot pour Methos, c’est lui qui avait tiré le mauvais numéro cette fois.
- T’as pas envie qu’on recommence comme au bon vieux temps ?
- On en a déjà parlé. C’est vrai qu’on a passé un bon moment tous les trois, mais c’est du passé.
- Y’a pas moyen que tu changes d’avis un jour ?
- J’en sais rien, c’est possible. La vie nous le dira.
- …
Methos sentait que ce sujet faisait de la peine à Francis alors il décida d’entamer un autre sujet.
- Au fait, je vais t’aider à trouver un travail, si tu veux bien.
- Un peu que je veux !
- J’ai ramené quelques journaux de petites annonces.
Pendant que Begbie s’ennuyait, Methos lisait son livre. Quand il l’eu terminé, il le rangea, bu une lampée de bière de sa thermos et s’endormit. Begbie reprit le sourire. Il attendit le premier ronflement de Methos, regarda autour de lui et enleva soigneusement les baskets du vieil immortel. Il ouvrit la fenêtre et les balança au milieu de nulle part. Il passa ensuite par-dessus Methos, lui prit sa thermos et prit le chemin des toilettes. « ‘foiré, il avait qu’à pas oublier ces putain de cartes » se disait-il en urinant dans les deux quarts de la bouteille.
Methos sortit du train, suivit de Begbie. Le vieil immortel baissa les yeux et regarda ses chaussettes avec un mélange de rage et de honte.
Begbie su trouver les mots.
- Sûrement une espèce d’enfoiré qui a prit la première occaz pour te chourer tes godasses. Pff ‘foiré de gitan !
Methos se tourna vers lui et le fixa droit dans les yeux. Il l’aurait tabassé s’il était sûr que c’était lui. Il avança vers l’entrée de la gare. Je dis « il » car Franco restait distant. Il y’avait bien cinq mètres entre les deux compères. Distants, pourquoi ? Oh, ils l’auraient peut-être pas été si tous les gens ne se foutaient pas de la gueule de Methos. Ils prirent le premier taxi venu et furent déposés à Honfleur.
Methos demanda au psychopathe de lui acheter des chaussures et lui confia deux billets. Bien entendu Begbie lui apporta des chaussures taille 40.
- Y’avait pas au dessus ! C’est ballo !
Ils rejoignirent une petite maison sur le port. Ils sentirent une présence. Ils frappèrent et Murdoc pointa le bout de son nez. Ils étaient tout excités et se serrèrent dans les bras en riant. Methos ouvrit sa thermos et commença à boire.
- Qu’est-ce que tu deviens, ma loutre ? demanda Francis
- Je suis pêcheur, maintenant !
- Et moi, je suis chômeur !
Les rires s’interrompirent et un froid glacial s’installa quelques secondes. Chacun attendait que l’autre parle d’autre chose.
- Cette bière a un drôle de goût, signala Methos.
Les deux types sensés de la bande avaient toujours étés Methos et Murdoc, Begbie ponctuant les situations avec ses insultes, ses blasphèmes, ses critiques et les multiples versions de son existence, c’était sa place dans le groupe.
L’ennui, c’est que comme Murdoc, il avait un fort caractère et il suffisait d’un mal entendu pour que les coups partent. La plupart du temps c’est Murdoc qui finissait avec les coquards. La différence entre les deux était que Murdoc avait les pieds sur terre et était poli ; en fait, en y réfléchissant, ils étaient complètement opposés. Mais ils s’adoraient tous les trois. Franco espérait vraiment reformer la bande.
Les trois ex-glandeurs firent un billard le soir même. Methos fit rentrer une boule dans un trou puis une deuxième et une troisième. Franco pouvait à peine tenir son quatrième verre de Whisky. Il avait les nerfs, il observait les autres qui marquaient alors que lui ratait tous ses coups. Puis vint son tour de jouer. Il prit la queue et visa une boule. Il se concentra un moment. Murdoc fit signe à Methos que la situation devenait longue.
Un pauvre gros type à lunettes avec un short rouge, un pull et une casquette de la même couleur, assis sur un tabouret au comptoir, tenait en sa main un paquet de chips. Le bruit, aussi faible fut-il, dérangea Francis, qui tourna sa tête vers lui. Il se reconcentra, et là le petit gros fit l’erreur de reprendre une chips. Le bruit dérangea Begbie. Le psychopathe se redressa, prit sa queue de billard et marcha en vitesse vers le bonhomme rouge. Avec un « enculé ! », il lui explosa la queue de billard sur les jambes. Le gros tomba à terre et Begbie l’enchaîna avec ses habituels coups de pied. Ses deux compères ne l’arrêtaient pas, c’était le meilleur moyen de se faire défoncer eux aussi. Ils intervinrent seulement au moment où leur pote sortit une lame de sa poche. Murdoc le prit par le bras et Franco se leva tout excité.
- Quoi ??!!! T’en veux toi aussi ?!!
A cet instant les trois immortels ressentirent l’un des leurs. Un type en costard se tenait à l’entrée de la salle de billard. Le bonhomme était grand, le crâne limite rasé et la barbe aussi.
- Je savais que je finirais par te coincer !
- Tiens, Swanney, quoi de neuf ? Tu profites de ta part du gâteau, j’espère ? lui dit Franco avec ironie.
- Je vais te péter la gueule, sac à merde !
Begbie prit une bouteille de scotch sur le comptoir et l’éclata sur le crâne de son « ami ». Celui-ci répliqua par un coup de poing dans sa figure. Puis Franco sortit son couteau et menaça le type. Ces moments là faisaient jubiler Begbie, c’est ça qui le faisait jouir. Certains se droguaient à l’héroïne, d’autre à l’alcool, Begbie se shootait aux gens. Une sirène de police l’interrompit. Le type s’enfuit par derrière ainsi que Methos, Francis et Murdoc. Une fois dehors, l’inconnu avait disparu. Francis était dégoûté, alors il s’en prit au mur qu’il frappa à coups de pied. Un vrai hystérique. Dans ces moments là, fallait pas lui adresser la parole.
- La police arrive, il faut pas s’éterniser, suggéra Methos.
Les trois compagnons de galère coururent jusque dans leur maison de vacances. Une fois là-bas, Methos se mit à rire bêtement. Francis s’ouvrit une canette de bière alors Murdoc semblait scandalisé.
- Tu te marres ?!
- Ah ah ah ah !
- Les flics vont sûrement venir nous coffrer, et toi tu te marres ?!
- Ca va, on s’en fout ! grogna Begbie fumant une cigarette
- Toi bien sûr, t’en as rien à secouer ! T’as des copains en prison !
- Qu’est-ce que t’essaies de me dire ?!
- J’essaye de dire que t’es un abruti, Francis ! Arrête d’agresser les gens ! Tu nous attires des emmerdes !
- J’y suis pour que dalle, bordel ! C’est le petit gros en rouge qui me déconcentrait ! L’enfoiré il faisait exprès…
- Je parle pas de lui mais de ton copain qui est arrivé après ! C’est qui ce rigolo ?
- C’est mon pote Swanney ! dit Franco avec un grand sourire
Methos prit une bière dans le frigo et s’arrêta de rire.
- Il a une curieuse façon de te dire bonjour !
- Et alors ? Les russes ils s’embrassent bien sur la bouche ! ‘foirés de pédés…Putain ce que j’ai horreur des pédés….
- Dis nous en plus sur ce gars là. Je suis sûr qu’il est pas venu pour faire la causette avec toi, je me trompe ?
- Il s’appelle Johnny Swan ! C’est ce con que j’ai arnaqué au cass’, héhéhé ! Pendant qu’il menaçait les otages, j’me suis tiré avec le camion et tout le pognon ! Héhéhé, quel con ce Swanney….Je l’entendait chialer, et moi j’me marrais ! « enfoiré !! enfoiré !! » qu’il me disait le bougre ! Limite si j’me pissais dessus, héhéhéhé !
- T’es sûr que vous êtes toujours copains ? s’inquiéta Methos.
- On dirait pas, répondit Murdoc.
Les trois compères, assis autour d’une table, passèrent en revue toutes les annonces dans les journaux pour trouver un job à Francis, un job qui lui plairait, pour commencer.
- Bon, ça t’intéresse boulanger ? demanda Methos
- J’aime pas les toques.
- Et plombier ? renchérit Murdoc
- J’aime pas les tuyauteries.
- Ah sinon, tu peux être bûcheron !
- Tu te fous de ma gueule ? Je vais me choper des échardes plus grandes que mon couteau !
- Aide soignante, c’est bien ça ! proposa Murdoc
- Les malades j’aurais plutôt tendance à les euthanasier.
- Chalutier ?
- Ca pue le poisson.
- Boucher
- Ca m’intéresse déjà plus.
- Chirurgien esthétique ?
- Quelle différence ?
- Légiste ?
- Ca doit être chouette, mais là-bas on s’les gèle.
- Assassin ? demanda Methos
- Oui je veux bien….
- …..
- Y’a une annonce pour ça ?...
- Bah c’est comme si, informa Methos. Je te lis : Gisèle, 34 ans, mariée, cherche mec pour me débarrasser de mon homme et prendre sa place.
Murdoc se mit la main sur la figure, fatigué.
- On lui cherche pas une fille, mais un travail ! Tu crois pouvoir en trouver dans Cosmopolitan ?!
Methos rangea son magazine.
- Non, non c’est pas con ! Il me faudrait un travail où je puisse bosser avec les femmes !
- Alors sois coiffeur, proposa Methos.
- Je suis pas un pédé !
Francis lui jeta sa cigarette à la figure, se leva de sa chaise et saisit Methos au cou. Il le plaqua contre le mur, sortit un couteau et lui plaça juste en dessous des testicules. Le vieil immortel craignait pour sa descendance. Il ne fut jamais autant confronté au problème de la stérilisation. Il savait qu’aucun d’entre eux ne pourrait avoir d’enfant mais Begbie se chargeait de lui ôter tout espoir.
- Je suis pas un pédé ! T’as compris ?!
Methos hocha de la tête comme s’il venait de faire un pacte avec le diable. Murdoc n’avait pas bougé de sa chaise et continuait à regarder les annonces.
- Bibliothécaire ?
Begbie lâcha Methos du regard et réfléchit quelques instants. C’était ça, ou être coiffeur, ça ou être pédé, selon Franco. Soudain, sa réticence pour la littérature s’estompa.